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		<title>Fen&#234;tres Open Space</title>
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		<title>Relire ses classiques : &#171; Le Chef-d'&#339;uvre inconnu &#187; de Balzac </title>
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		<dc:date>2018-06-21T19:29:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


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		<dc:subject>Paris</dc:subject>
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		<dc:subject>Honor&#233; de Balzac</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ode &#224; la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/honore-de-balzac" rel="tag"&gt;Honor&#233; de Balzac&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/chef_d_oeuvre_balzac_bookwitty.jpg?1532349382' width='500' height='345' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;tudiante, j'avais d&#233;couvert &lt;i&gt;Le Chef-d'&#339;uvre inconnu&lt;/i&gt; en premi&#232;re ou en deuxi&#232;me ann&#233;e, suivant les cours d'une universit&#233; Paris IV tout enti&#232;re vou&#233;e &#224; Balzac, du moins c'est l'impression que j'en avais. &lt;i&gt;Eug&#233;nie Grandet&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Ursule Mirou&#235;t&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le P&#232;re Goriot&lt;/i&gt;, des histoires d'argent, de notaires, de nu-propri&#233;t&#233;, de morceaux de sucre dont on demande le compte tournoyaient devant moi quand apparut ce texte d&#233;di&#233; &#224; l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y &#233;tait question de r&#233;flexion sur la conception et la port&#233;e d'une &#339;uvre, ce qui me semblait un appel d'air (bien entendu, &lt;i&gt;Le Chef-d'&#339;uvre inconnu&lt;/i&gt; n'&#233;chappe pas aux histoires d'argent, en r&#233;alit&#233;, il s'agit &#233;galement de r&#233;pondre ou non &#224; une commande, de conserver ou non sa libert&#233; d'artiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ann&#233;es plus tard, alors que la nouvelle de Balzac a suscit&#233; des dizaines d'&#233;tudes, inspir&#233; un film, je me demande ce qu'il me reste du texte avant de le relire : la vision d'un atelier, le nom d'un peintre de fiction (Freinhofer) et, surtout, un pied nu d&#233;passant d'une for&#234;t de traits, de coups de pinceaux devenus fous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours sur l'art&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et encore : un discours sur l'art ; une attente d&#233;mesur&#233;e devant ce qu'il offre &#224; voir ; l'effroi devant la toile tant esp&#233;r&#233;e et qui se r&#233;v&#232;le impossible &#224; regarder, &#224; comprendre ; le portrait de Nicolas Poussin en jeune homme... Mais o&#249; est pass&#233;e la belle Gillette, la ma&#238;tresse de ce dernier, qui lui sert de mod&#232;le et qu'il va contraindre &#224; poser pour Freinhofer ? Disparue de ma m&#233;moire : voil&#224; ce que je r&#233;alisais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit rappel des faits : nous sommes &#224; Paris au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle. Nicolas Poussin, peintre d&#233;butant, se rend pour la premi&#232;re fois chez son ma&#238;tre, Porbus. Intimid&#233;, il h&#233;site &#224; franchir le seuil de son atelier, profite de l'arriv&#233;e d'un troisi&#232;me artiste, Frenhofer, dont l'allure indique la haute position sociale et l'&#226;ge avanc&#233;. Frenhofer, examinant la derni&#232;re toile de Porbus, se lance dans un plaidoyer sans appel pour l'art &#171; vivant &#187;, d&#233;gag&#233; de la vile copie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;La mission de l'art n'est pas de copier la nature, mais de l'exprimer ! Tu n'es pas un vil copiste, mais un po&#232;te ! [&#8230;] Autrement un sculpteur serait quitte de tous ses travaux en moulant une femme ! H&#233; ! bien, essaie de mouler la main de ta ma&#238;tresse et de la poser devant toi, tu trouveras un horrible cadavre sans aucune ressemblance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques coups de pinceau, il corrige la&lt;i&gt; Marie &#201;gyptienne&lt;/i&gt; de Porbus, lequel ne peut, tout comme Poussin, que constater la sup&#233;riorit&#233; du vieil homme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pacte diabolique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Frenhofer apprend ensuite &#224; ses conf&#232;res qu'il se consacre depuis dix ans &#224; l'ex&#233;cution d'une seule &#339;uvre, un portrait de Catherine Lescault intitul&#233;e&lt;i&gt; La Belle Noiseuse&lt;/i&gt;. Il ne lui manque, dit-il, que le mod&#232;le id&#233;al. Poussin propose alors une transaction &#224; Frenhofer : il lui &#171; pr&#234;tera &#187; sa ma&#238;tresse, &#224; la beaut&#233; sans pareille, et pourra en &#233;change contempler le tableau, droit que le vieux peintre refuse &#224; quiconque. Frenhofer finit par accepter.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/g5cNWVp1hrQ?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;On le voit, l'intrigue a tout du pacte diabolique, et il est vrai que Balzac a peint Frenhofer, &#171; &lt;i&gt;personnage auquel le jour faible de l'escalier pr&#234;tait encore une couleur fantastique &lt;/i&gt; &#187; sous des traits inqui&#233;tants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Somptueuse h&#233;ro&#239;ne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le r&#233;cit ne vire pas au fantastique, justement, pas plus qu'il ne devient une histoire d'amour. Si le fait de poser pour son amant, puis pour un autre peintre, para&#238;t r&#233;voltant &#224; Gillette qui a l'impression de se trahir, de prostituer ses sentiments, ce n'est pas ce qui int&#233;resse le plus Balzac, me semble-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa somptueuse h&#233;ro&#239;ne, au moment o&#249; les peintres d&#233;couvrent la toile &#171; achev&#233;e &#187; chez Frenhofer, et alors qu'elle a pos&#233; sans jamais rien voir, est abandonn&#233;e dans un coin. Personne ne la regarde plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien pourquoi je l'avais oubli&#233;e, moi aussi, durant toutes ces ann&#233;es : d&#233;crite d&#232;s les premi&#232;res pages comme une fille ob&#233;issante, destin&#233;e &#224; seconder, &#224; accompagner celui qu'elle aime, elle reste en p&#233;riph&#233;rie. Pourtant, comment ne pas se souvenir de la pr&#233;sence d'Emmanuelle B&#233;art dans &lt;i&gt;La Belle Noiseuse &lt;/i&gt; de Rivette ? Comment ne pas se rappeler que Frenhofer, tout puissant qu'il est, ne peut rien sans Gillette ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ode au vivant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'atelier, m&#234;me si la premi&#232;re partie de la nouvelle porte son pr&#233;nom et la seconde celui de Catherine Lescault, Gillette dispara&#238;t donc aux regards des trois peintres d&#232;s qu'ils se trouvent devant la toile de Frenhofer. Porbus et Poussin, h&#233;berlu&#233;s, ne r&#233;ussissent &#224; rien voir d'autre qu'un pied de femme perdu dans cette for&#234;t de signes que serait le &#171; chaos de couleurs, de tons, de nuances ind&#233;cises, esp&#232;ce de brouillard sans forme &#187; recouvrant l'ensemble de son corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme disparue de ma m&#233;moire comme du tableau, me disais-je, me rappelant uniquement le discours de Balzac sur la cr&#233;ation artistique : ode au vivant, &#224; une vision sup&#233;rieure qui permettrait de saisir l'essence des choses au-del&#224; de la forme que la nature leur a donn&#233;e et qu'il ne s'agit pas de copier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;chec, pourtant, puisque Frenhofer incompris br&#251;le ses toiles et en meurt. Et peut-&#234;tre, par extrapolation, pr&#233;monition de ce qui pourrait ressembler &#224; l'art abstrait, aux pr&#233;mices de la modernit&#233; : &#224; quoi ressemble, en r&#233;alit&#233;, cet amas de couleurs qu'est devenue la toile ? S'il y avait dans cette abstraction quelque chose &#224; regarder ? Que se passerait-il si l'on pouvait saisir ce qu'y voit Frenhofer ? Est-ce qu'on d&#233;couvrirait une femme nouvelle ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans ce m&#234;me atelier : Picasso&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au XXe si&#232;cle, dans ce m&#234;me atelier du 7 rue des Grands-Augustins, un autre g&#233;nie, bien r&#233;el celui-l&#224;, a peint une toile que nous avons tous en t&#234;te. Pablo Picasso, qui non seulement connaissait et admirait &lt;i&gt;Le Chef-d'&#339;uvre inconnu&lt;/i&gt; mais l'avait illustr&#233; en 1931, a en effet ex&#233;cut&#233; &lt;i&gt;Guernica &lt;/i&gt; au m&#234;me endroit six ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; nouveau, la litt&#233;rature nous permet d'entrer dans l'atelier : en 2007, Thierry Beinstingel fait de la cr&#233;ation du tableau le pivot de son roman, &lt;i&gt;1937 Paris-Guernica&lt;/i&gt;, cr&#233;ation mise en parall&#232;le avec la construction des pavillons de l'Exposition internationale qui a lieu cette ann&#233;e-l&#224; &#224; Paris, tandis que la guerre civile fait rage en Espagne, ce que nous ne pouvons ignorer : le livre commence par le bombardement du village de Guernica et par la vision de trois paysannes, Maria, Lucia, Clara, qui tentent d'y &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Picasso terminera-t-il &#224; temps son tableau, destin&#233; &#224; devenir la pi&#232;ce ma&#238;tresse du pavillon de son pays ? L'Exposition elle-m&#234;me pourra-t-elle se tenir dans les d&#233;lais ? Tandis que ces questions mat&#233;rielles agitent les organisateurs et les ouvriers, l'artiste se bat avec ce qu'il a &#224; repr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La femme cr&#233;e &#224; son tour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peindre la mort, l'effroi, la terreur plut&#244;t que la vie, cette fois : comment faire ? Pour tenter d'approcher le myst&#232;re, la femme n'est plus un simple mod&#232;le, une inspiratrice. Elle devient &#224; son tour une cr&#233;atrice. C'est gr&#226;ce &#224; elle que Thierry Beinstingel fait, dans ces chapitres-l&#224;, avancer le r&#233;cit. Sans jamais la nommer, pas plus qu'il ne nomme Picasso, il nous invite &#224; accompagner la photographe et peintre Dora Maar dans ses tentatives de montrer Guernica, de l'&#233;clairer, de le faire parvenir jusqu'&#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La modernit&#233; du tableau se double d'une vision nouvelle de ce qui lie l'homme et la femme dans l'atelier. Cette fois, la femme est active, elle bouge, elle se d&#233;place, elle agit : &#171; Elle voudrait saisir toutes ces impressions jusqu'&#224; l'odeur des produits qu'il utilise, mais la photographie ne permet qu'un aplat de formes et de nuances. Il faut mettre en sc&#232;ne, pr&#233;parer chaque d&#233;tail de la prise de vue pour donner une impression de relief. [&#8230;] Elle branche des lampes, de ces &#233;clairages puissants qu'elle a appris &#224; diriger. Un entrelacs de traits appara&#238;t. Il se retourne, applaudit. Oui, comme &#231;a ! On y voit bien mieux. Il remonte sur l'escabeau et accroche un d&#233;tail &#224; bout de bras. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#339;uvre se fait &#224; deux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dora Maar, &#171; femme qui pleure &#187;, mod&#232;le et muse de Picasso ? Oui, bien s&#251;r. Dora Maar, artiste &#233;clips&#233;e par le rayonnement de son amant ? Sans doute. Mais pas uniquement : ce que &lt;i&gt;1937 Paris-Guernica&lt;/i&gt; invite &#224; d&#233;couvrir, m&#234;me si ce n'est pas le propos principal du livre, c'est &#224; quel point l'&#339;uvre s'est faite &#224; deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ne les nommant pas, en les appelant simplement &#171; il &#187; et &#171; elle &#187;, le romancier nous permet, invisibles dans l'atelier, de nous glisser entre eux. D'assister &#224; ce qui, pas plus que dans &lt;i&gt;Le Chef-d'&#339;uvre inconnu&lt;/i&gt;, ne se r&#233;duit &#224; une histoire personnelle : la capacit&#233;, par la clairvoyance, de donner ensemble une forme &#224; la destruction. De nous emp&#234;cher de d&#233;tourner les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(voir aussi l'&lt;a href='https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/rimbaud-rimbaud-picasso-le-createur-est-il-un-travailleur-comme-un-autre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;interview&lt;/a&gt;de Thierry Beinstingel sur Picasso et Rimbaud)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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