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	<title>Fen&#234;tres Open Space</title>
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		<title>Fen&#234;tres Open Space</title>
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		<title>Mus&#233;e Marilyn dans AOC</title>
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		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>Marilyn Monroe</dc:subject>
		<dc:subject>critique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La drague int&#233;grale du camp oppos&#233; &#8211; article d'Emmanuelle Lambert&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/musee-marilyn/" rel="directory"&gt;Mus&#233;e Marilyn&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/marilyn-monroe" rel="tag"&gt;Marilyn Monroe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/critique" rel="tag"&gt;critique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1105 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.annesavelli.fr/IMG/png/aoc.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/png/aoc.png?1670617469' width='500' height='328' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p align=justify&gt;&#171; Pas un arbre, pas un abri. Avec ce soleil qui frappe, attendre sur le trottoir serait folie. &#187; D&#232;s le d&#233;but, nous voil&#224; pr&#233;venus. Inutile de chercher refuge. S'exposer au soleil, c'est se faire cogner. La folie guette d&#232;s qu'on est immobile. Les mots vacillent, car d'arbre &#224; abri, il y a peu &#8211; mais de toutes fa&#231;ons, il n'y a rien. Et la personne qui &#233;crit, planqu&#233;e derri&#232;re la n&#233;gativit&#233; des deux premi&#232;res phrases, la personne qui &#233;crit, donc, et qui ne nous a pas gratifi&#233;s d'une citation liminaire, ni d'une explicitation de ce qu'elle fait, elle &#233;crit des phrases quasi versifi&#233;es. &#199;a frappe, comme le soleil, &#231;a cogne comme le jazz. &#199;a rime. Dedans, dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Avec &#231;a on choisit d'entrer ou pas, dans cet endroit dont on ne sait encore rien, sinon les deux indices donn&#233;s par le titre du livre : c'est un lieu en dur, en r&#233;el, en massif, c'est un mus&#233;e ; et c'est un lieu imaginaire, une image, une id&#233;e. C'est un lieu en mou. Un b&#226;timent, en m&#234;me temps qu'une personne devenue image, soit les deux &#233;l&#233;ments composant un corps mondial. Son squelette, et sa lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;On choisit, comprenez-le bien : Mus&#233;e Marilyn d'Anne Savelli est un grand livre sur le respect. On ne violente pas les gens, on ne les oblige pas, on ne force pas le regard. On propose. De m&#234;me qu'on ne force pas son sujet. On ne l'objective pas. On le suit.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;&#201;videmment, quand le sujet est Marilyn Monroe, ou plus exactement, ce que Marilyn Monroe veut dire pour nous qui la contemplons depuis si longtemps, avec tant d'acharnement, ce que nous supposons d'offrande dans la construction de l'image et du souvenir, &#233;videmment qu'il va s'agir de dompter le regard, de lui intimer le respect. De l'obliger, lui. Et pour &#233;viter le pi&#232;ge du voyeurisme, de l'excitation, du d&#233;sir, du scoop, de la sati&#233;t&#233; impossible &#224; atteindre, Anne Savelli a mis en place ce qu'il &#233;tait de bon ton d'appeler, dans mes jeunes ann&#233;es un peu snobs, un dispositif. On pourra simplement nommer la chose &#171; grammaire &#187;, ou &#171; po&#233;tique &#187;. Ou, pour faire simple, ce qui est le plus dur en art : m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;&lt;i&gt;Mus&#233;e Marilyn&lt;/i&gt; est une architecture de mots, un palais des miroirs &#233;clat&#233; sur trois &#233;tages : le niveau 0, le n&#244;tre. Nous qui regardons, qui venons voir, qui voulons visiter. Les personnages peuplant ce niveau entourent la narratrice, ils viennent visiter une exposition Monroe, ils d&#233;ambulent de salle en salle. R&#233;agissent, en formant une masse indistincte, intuitive et mouvante. La narratrice raconte leur d&#233;ambulation. Et parfois, s'adresse &#224; Marilyn, ou Norma Jeanne, ou Mmmmmm, ou la blonde, et, en sous-texte, &#224; la lign&#233;e consum&#233;e dont la cohorte fantomatique l'accompagne, Jean Harlow, Bettie Page, Ana Nicole Smith. La lign&#233;e de femmes br&#251;l&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Au niveau 1, il y a le guide. Il s'adresse aux visiteurs qui le suivent de salle en salle. Il tire les fils d'une vie que chaque salle invite &#224; tirer, &#224; travers des portraits photographiques. Il propose un parcours chronologique, avec des embard&#233;es, une d&#233;ambulation &#224; travers les images. &#192; chaque image il raconte.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;C'est ici qu'intervient le niveau +1 : le r&#233;cit du guide. Qui s'envole. &#192; chaque image il raconte, et vite, on l'oublie, vite, c'est le livre qui nous raconte, &#224; nous, chaque image dont nous avons d'ailleurs, n&#233;cessairement, au moins un souvenir vague : la s&#233;ance de pose, les personnes en pr&#233;sence, le moment dans la vie de la personne photographi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;On passe donc, dans la lecture, d'image en image, de r&#233;cit en r&#233;cit, et de bouts de vie qui, mis bout &#224; bout justement, reconstituent la vie d'une personne que nous connaissons tous sous le nom de Marilyn Monroe, sur qui tout a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit ou &#233;crit, que quiconque l'ayant approch&#233;e a d&#233;taill&#233;e dans des livres, des interviews, des ragots quelconques, parce qu'il en avait envie, parce que c'&#233;tait rentable.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Pourtant on se laisse happer par le r&#233;cit de cette vie qui, de pr&#232;s ou de loin, nous concerne tous tant elle a fa&#231;onn&#233; notre regard, parce qu'Anne Savelli ne propose pas de dire autre chose sur Marilyn. Elle se propose de le dire autrement car elle fait acte d'&#233;criture. En d&#233;calant le point de vue, la perspective, en r&#233;pondant aux probl&#232;mes innombrables que pose le sujet Monroe (d&#233;j&#224; vu, trop vu, diss&#233;qu&#233;, malmen&#233;) par une r&#233;ponse artistique, ou formelle. Par un regard neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Il n'y a donc pas de suspens. Pas de r&#233;v&#233;lation. Pas de people. Nous avons tous les yeux riv&#233;s sur un m&#234;me horizon, la date de 1962, o&#249; Marilyn Monroe meurt, seule et d&#233;faite. Tous, nous savons comment &#231;a finit. Alors la foule o&#249; nous sommes pris suit le guide, tout en sachant qu'elle chemine &#224; la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;La d&#233;ambulation &#224; laquelle invite l'exposition, et donc la lecture du livre qui met ses pas dans le chemin trac&#233; par elle, fait ainsi un clin d'&#339;il &#224; trois souvenirs lointains, structurant notre imaginaire de gens qui aiment qu'on leur raconte des histoires : la trag&#233;die, le conte de f&#233;es, le chemin de croix. On s'y laisse prendre, on la suit, sans bien savoir comment Anne Savelli parvient &#224; nous passionner avec ce que nous croyons savoir d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Il faut ici souligner le travail de documentation d&#233;ment auquel s'est adonn&#233; l'autrice. Chaque personnage secondaire pourrait avoir son livre. Les astres gravitant autour de l'&#233;toile, principalement des hommes, ont tous eu des vies, des affects, des trajets qui ont conditionn&#233; les prises de vue, et Anne Savelli fait, &#224; chaque &#233;tape, le portrait rapide et haletant des portraitistes. Qui, eux aussi, sont pour beaucoup des hommes fracass&#233;s, venus de la guerre, de la pers&#233;cution, du reportage, qui pour certains ont fait de la prison, pour d'autres tombent amoureux, et dont un seul, Milton Greene, se fait ami, associ&#233;, &#233;gal, en cr&#233;ant avec elle et pour elle une soci&#233;t&#233; de production, histoire de reprendre le pouvoir aux studios (&#231;a ne durera pas, &#231;a se termine mal). Et dont un seul autre, Sam Shaw, le &#171; pr&#233;f&#233;r&#233; &#187; de la narratrice, se fait le fr&#232;re qui comprend tout, tout de suite. Shaw, le meilleur ami de John Cassavetes, dont il a produit Une femme sous influence, ce qu'Anne Savelli nous apprend, au passage, d&#233;sinvolte, comme elle nous apprend tant de choses sans en avoir l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Partant des photographies, Anne Savelli construit un endroit o&#249; Marilyn peut appara&#238;tre pour autre chose que pour son image.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Tout s'anime alors dans l'image de Marilyn, dont les photos sont non d&#233;crites, mais regard&#233;es comme pour la premi&#232;re fois, et tout s'anime autour d'elle. Si bien que pour peu qu'on choisisse d'entrer avec Anne Savelli dans son mus&#233;e, on entre dans son livre, on ne peut plus le l&#226;cher. &#192; notre tour, nous sommes pris, et nous serons pris d'une mani&#232;re &#224; la fois sociale et intime, douloureuse et joyeuse, si nous sommes une femme, parce que Marilyn, la pin-up, l'enfant abandonn&#233;e dot&#233;e d'un corps faramineux, la blondeur et la petite voix, est l'&#234;tre vers qui tous les d&#233;sirs convergent. Elle est le lieu de toutes les injonctions impossibles faites, en ces soci&#233;t&#233;s d'apparition fa&#231;onn&#233;es par l'industrie de la presse et du cin&#233;ma, aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;C'est pourquoi la narratrice la tutoie. Elle sait, nous savons, ce que tout cela suppose et a suppos&#233;, et de quel prix cela a &#233;t&#233; pay&#233;. &#192; cet &#233;gard, l'un des morceaux de bravoure de ce livre qui en compte tant est le r&#233;cit de la construction d'une image devenue la reine des ic&#244;nes, la photographie con&#231;ue par Shaw pour promouvoir le tournage de Sept ans de r&#233;flexion de Billy Wilder. La robe soulev&#233;e par l'air d'une grille de m&#233;tro, la foule, la bousculade et les deux culottes, pour plus de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Le prix &#224; payer, le travail, l'acharnement, la fatigue et la lutte sont autant de balises qui parcourent le chemin de cette exposition mentale. L'&#233;puisement au combat, certes. Mais pas seulement, et c'est l&#224; que repose l'admirable propos de ce livre : partant des photographies, Anne Savelli, qui sait ce qu'elle fait, construit aussi un endroit o&#249; Marilyn peut appara&#238;tre pour autre chose que pour son image. Comme une femme d'une intuition et d'une intelligence redoutables, qui ma&#238;trisait, &#224; la perfection, ce qu'&#233;tait une image. Comme une photog&#233;nie qui a appris, observ&#233;, regard&#233; et compris, et a outill&#233; son don (conte : le pouvoir inexplicable de la photog&#233;nie, la peau qui mange la lumi&#232;re, les bonnes f&#233;es pench&#233;es sur le berceau) jusqu'&#224; en devenir l'incarnation. Causant par l&#224; sa propre fin, ab&#238;m&#233;e dans sa propre image (trag&#233;die : on construit soi-m&#234;me le pi&#232;ge qui va nous condamner). Et allant &#224; sa propre perte, filant d'image en image avec de plus en plus de ma&#238;trise et de contr&#244;le jusque dans l'abandon &#8211; g&#233;niale description de la s&#233;rie prise par Richard Avedon, o&#249; il croit voiler une image de lassitude, une des seules photographies o&#249; elle ne sourit pas, alors qu'en r&#233;alit&#233;, Marilyn Monroe la lui conc&#232;de. Donnant toujours plus, perdant davantage (chemin de croix : &#224; chaque station on monte d'un degr&#233; dans la souffrance).&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;On pourrait croire, ici, que &lt;i&gt;Mus&#233;e Marilyn&lt;/i&gt; est une d&#233;ploration. Ou, pire encore, une sorte de contemplation sadique du d&#233;litement d'une &#233;toile, de son extinction programm&#233;e. Il n'en est rien. Accroch&#233; &#224; sa m&#233;thode, le livre suit le parcours de l'&#233;toile avant qu'elle ne s'effondre sur elle-m&#234;me. Car si la trajectoire de l'&#233;toile est parvenue jusqu'&#224; nous, c'est qu'elle est d&#233;j&#224; morte. Si nous la voyons, c'est qu'elle n'en finit pas de s'&#233;teindre, dans un espace-temps loin du n&#244;tre, et si elle n'en finit pas de s'&#233;teindre, c'est qu'elle vit.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Comme dans les arts martiaux, dit-on, &lt;i&gt;Mus&#233;e Marilyn&lt;/i&gt; retourne alors la force de l'adversaire (ici, le destin, tel que nous le lisons &#224; rebours) pour l'incorporer et s'en servir : Marilyn martyr, oui, on le sait. On n'y &#233;chappe pas. La faim, la pauvret&#233;, la prostitution. L'abandon, la folie. La maladie, la souffrance, la d&#233;ch&#233;ance physique amorc&#233;e. Les op&#233;rations. Les hommes. Les studios. La solitude.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Mais les images, si elles le disent (car elles le disent, dans l'enfance bouleversante persistant dans ce visage qu'Anne Savelli d&#233;crit comme personne), disent aussi bien autre chose : une lumi&#232;re, ou une aura. Un &#234;tre incontestable. Un triomphe. Elles disent ce que Marilyn est pour nous qui l'aimons, ou l'avons aim&#233;e, dans la d&#233;chirure enfantine sous le fantasme : &#171; Celle qui n'a peur ni de ses seins ni de ses fesses, refuse de s'entraver, de s'enfermer ou de forcer la dose, cesse de se scruter, de se figer, de se flageller. Celle qui s'offre les grandes enjamb&#233;es, la drague int&#233;grale du camp oppos&#233;, fait du refus une avanc&#233;e suppl&#233;mentaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Le livre nous avait plant&#233;, en son d&#233;but, sur un bout de trottoir, sous une lumi&#232;re br&#251;lante, sans arbre et sans abri. Dans une des salles, enfin, on rencontre un arbre. Il appartient &#224; une s&#233;rie de photographies retrouv&#233;es depuis peu, sur lesquelles Marilyn lit de la po&#233;sie, dans un parc. La salle est intitul&#233;e &#171; &#192; l'ombre &#187;. On y trouve ces images d'avant la grande bascule, d'avant le moment o&#249; la marche de la machine infernale s'acc&#233;l&#232;re. On y lit cette phrase : &#171; L'arbre prot&#232;ge, le po&#232;me aussi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Avant, dans une autre salle, Marilyn pose parmi d'autres jeunes actrices en devenir, sous l'objectif de Philippe Halsman, juif autrichien injustement emprisonn&#233; dans les ann&#233;es 1920 pour le meurtre de son p&#232;re (l'&#171; affaire Dreyfus &#187; autrichienne, Sigmund Freud et Albert Einstein &#224; la barre). Elle d&#233;vore toute la lumi&#232;re. Nous la regardons dans cet avant qu'il ne soit trop tard, quand elle est encore parmi d'autres. Nous lisons cette phrase : &#171; On la regarde, un paysage surgit. &#187; J'y entends ce vers de Paul &#201;luard, le premier d'un merveilleux po&#232;me d'amour, de mer et de creux des draps : &#171; Je te regarde et le soleil grandit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Dans ce livre tendu vers la br&#251;lure, refusant avec obstination la satisfaction de la psychologie facile, de la piti&#233; douce, de l'h&#233;ro&#239;sation mensong&#232;re, dans cette reconstitution dingue qui tient de l'&#233;parpillement et de l'&#233;merveillement, Anne Savelli a construit quelque chose comme la mise au repos d'un monstre. Elle a autoris&#233; l'apaisement &#224; une enfant sans m&#232;re et sans personne. Elle lui a offert un livre, elle lui a offert un arbre. Et, &#224; travers cet acte de respect qui est aussi un acte d'amour, elle nous a permis, enfin, d'&#234;tre heureux pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://aoc.media/critique/2022/11/13/la-drague-integrale-du-camp-oppose-sur-musee-marilyn-danne-savelli/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La drague int&#233;grale du camp oppos&#233; &#8211; sur&lt;i&gt; Mus&#233;e Marilyn&lt;/i&gt; d'Anne Savelli&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Emmanuelle Lambert&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;&#233;crivaine et commissaire d'exposition ind&#233;pendante&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;pour &lt;a href=&#034;https://aoc.media/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;AOC media&lt;/a&gt; (Analyse Opinion Critique)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Saint-Germain-en-Laye dans le Matricule des anges</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Germain-en-Laye</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Article paru en octobre 2019.&lt;/p&gt;

-
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/ 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/critique" rel="tag"&gt;critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/saint-germain-en-laye" rel="tag"&gt;Saint-Germain-en-Laye&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p align=justify&gt;En octobre 2019, &lt;a href=&#034;http://camillecloarec.com/?fbclid=IwAR3gOTALhRL-r5BfJAy-wjkMp02NanSIoE01UihAx9u9dwXpN-0RarzWW4w&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Camille Cloarec&lt;/a&gt; a consacr&#233; un long article &#224; mon livre dans &lt;a href=&#034;https://lmda.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Matricule des anges&lt;/a&gt;, ce qui m'a &#233;videmment fait plaisir. J'ai souri, car il est plein de r&#233;inventions (Saint-Germain n'est pas ma ville de naissance, ma m&#232;re ne travaillait pas &#224; Nanterre, je ne l'attendais pas dans la cuisine, qui &#233;tait une pi&#232;ce minuscule), et je ne reprendrais pas &#224; mon compte certains termes (la frustration, la nostalgie) mais cela ne m'a pas emp&#234;ch&#233;e d'en appr&#233;cier la justesse.&lt;/p&gt;
&lt;p align=justify&gt;Merci &#224; elle, ainsi qu'aux &#233;ditions de L'Attente pour la circulation de l'article.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_624 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/stgermain_critique_matricule.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/stgermain_critique_matricule.jpg?1582024796' width='500' height='731' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;daction d'articles</title>
		<link>https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/redaction-d-articles</link>
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		<dc:date>2018-06-21T19:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>Marilyn Monroe</dc:subject>
		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crire</dc:subject>
		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>lire</dc:subject>
		<dc:subject>Dita Kepler</dc:subject>
		<dc:subject>mus&#233;e du Louvre</dc:subject>
		<dc:subject>vie professionnelle</dc:subject>
		<dc:subject>informatique</dc:subject>
		<dc:subject>Georges Perec</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ancienne journaliste, j'aime aussi &#233;crire sur les livres des autres.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/" rel="directory"&gt;Critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/marilyn-monroe" rel="tag"&gt;Marilyn Monroe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/ecrire" rel="tag"&gt;&#233;crire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/critique" rel="tag"&gt;critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/lire" rel="tag"&gt;lire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/dita-kepler" rel="tag"&gt;Dita Kepler&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/musee-du-louvre" rel="tag"&gt;mus&#233;e du Louvre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/vie-professionnelle" rel="tag"&gt;vie professionnelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/informatique" rel="tag"&gt;informatique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/georges-perec" rel="tag"&gt;Georges Perec&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_92 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/perec_bookwitty.jpg?1532361867' width='500' height='437' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai particip&#233; en 2017 au site Bookwitty (d&#233;sormais ferm&#233;), auquel j'ai propos&#233; des articles sur des sujets vari&#233;s (&lt;a href=&#034;https://www.bookwitty.com/text/vies-ouvrieres-paysages-du-nord/59b7b86d50cef718f3a02d29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le nord de la France&lt;/a&gt; &#224; travers la litt&#233;rature, le &lt;a href=&#034;https://www.bookwitty.com/reading_list/sortir-de-paris-4-itineraires-litteraires-en/59d2447f50cef74b00cd892a&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Grand Paris&lt;/a&gt; des &#233;crivains, &lt;a href=&#034;https://www.bookwitty.com/text/la-mer-ce-personnage-de-roman/594b77be50cef757da9eeee8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mer chez Yoko Ogawa&lt;/a&gt;, l'influence du &lt;a href=&#034;https://www.bookwitty.com/text/je-me-souviens-de-je-me-souviens/595caeb350cef778f8f34aca&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Je me souviens&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Perec sur les auteurs contemporains, ou encore &lt;a href=&#034;http://relire.net/fenetres/spip.php?article46&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marilyn Monroe&lt;/a&gt;...).&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai beaucoup aim&#233; &#233;crire ces articles, tout comme j'avais aim&#233;, il y a quinze ans, accompagner le d&#233;veloppement de sites de critique litt&#233;raire sur le web francophone naissant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_94 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.bookwitty.com/reading_list/que-se-passe-t-il-quand-on-prend-une-photo-10/599ab25f50cef77e23ef5b8a&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/bookwitty_livres_photo.jpg?1532349219' width='500' height='382' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, je travaillais pour un &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/LookSmart&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;annuaire internet am&#233;ricain&lt;/a&gt; dont je r&#233;digeais plusieurs rubriques culturelles (m&#233;tier qui n'a pas exist&#233; longtemps, aurait d&#251; m'envoyer chez Google, selon toute logique). Bien conna&#238;tre la Toile francophone m'a conduite &#224; participer en parall&#232;le &#224; un certain nombre d'aventures, dont celle de Takalir, site de critique de litt&#233;rature jeunesse alors prolixe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai ensuite &#233;t&#233; journaliste dans la presse informatique et audiovisuelle, r&#233;digeant un nombre incalculable d'articles sur les derniers logiciels en date (Second Life m'a inspir&#233; &lt;a href=&#034;http://relire.net/fenetres/spip.php?rubrique11&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dita Kepler&lt;/a&gt;), Harry Potter (les livres, les films) ou les s&#233;ries am&#233;ricaines. J'ai &#233;galement &#233;t&#233; correctrice du site web du Louvre, mus&#233;e pour lequel j'ai, plus tard, anim&#233; des &lt;a href=&#034;http://relire.net/louvre-ouvert/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ateliers&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_36 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/bookwitty.jpg?1532349212' width='500' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Informatique, cin&#233;ma, peinture, litt&#233;rature : je travaillais dans plusieurs domaines, r&#233;digeais pour le plus grand nombre comme pour les happy fews tout en continuant &#224; &#233;crire, de mon c&#244;t&#233;, des textes litt&#233;raires. C'est ainsi que &lt;a href=&#034;http://relire.net/fenetres/spip.php?article26&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Fen&#234;tres open space&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; a vu le jour, en prenant le m&#233;tro chaque matin pour me rendre dans les locaux de l'annuaire am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ancienne &#233;tudiante en lettres, je continue &#224; avoir envie de faire d&#233;couvrir des livres et des auteurs, de r&#233;fl&#233;chir, de creuser des th&#233;matiques. Les &lt;a href=&#034;http://www.lairnu.net/36-secondes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;36 secondes&lt;/a&gt; donnent une id&#233;e de ce que je lis, semaine apr&#232;s semaine, de ce qui m'int&#233;resse : &#224; suivre, donc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et en attendant, vous pouvez retrouver ci-dessous les articles que j'ai &#233;crits pour Bookwitty.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Relire ses classiques : &#171; Le Chef-d'&#339;uvre inconnu &#187; de Balzac </title>
		<link>https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/relire-ses-classiques-le-chef-d-oeuvre-inconnu-de-balzac</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/relire-ses-classiques-le-chef-d-oeuvre-inconnu-de-balzac</guid>
		<dc:date>2018-06-21T19:29:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>Thierry Beinstingel</dc:subject>
		<dc:subject>Pablo Picasso</dc:subject>
		<dc:subject>peinture</dc:subject>
		<dc:subject>Honor&#233; de Balzac</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ode &#224; la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/" rel="directory"&gt;Critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/critique" rel="tag"&gt;critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/thierry-beinstingel" rel="tag"&gt;Thierry Beinstingel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/pablo-picasso" rel="tag"&gt;Pablo Picasso&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/peinture" rel="tag"&gt;peinture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/honore-de-balzac" rel="tag"&gt;Honor&#233; de Balzac&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/chef_d_oeuvre_balzac_bookwitty.jpg?1532349382' width='500' height='345' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;tudiante, j'avais d&#233;couvert &lt;i&gt;Le Chef-d'&#339;uvre inconnu&lt;/i&gt; en premi&#232;re ou en deuxi&#232;me ann&#233;e, suivant les cours d'une universit&#233; Paris IV tout enti&#232;re vou&#233;e &#224; Balzac, du moins c'est l'impression que j'en avais. &lt;i&gt;Eug&#233;nie Grandet&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Ursule Mirou&#235;t&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le P&#232;re Goriot&lt;/i&gt;, des histoires d'argent, de notaires, de nu-propri&#233;t&#233;, de morceaux de sucre dont on demande le compte tournoyaient devant moi quand apparut ce texte d&#233;di&#233; &#224; l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y &#233;tait question de r&#233;flexion sur la conception et la port&#233;e d'une &#339;uvre, ce qui me semblait un appel d'air (bien entendu, &lt;i&gt;Le Chef-d'&#339;uvre inconnu&lt;/i&gt; n'&#233;chappe pas aux histoires d'argent, en r&#233;alit&#233;, il s'agit &#233;galement de r&#233;pondre ou non &#224; une commande, de conserver ou non sa libert&#233; d'artiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ann&#233;es plus tard, alors que la nouvelle de Balzac a suscit&#233; des dizaines d'&#233;tudes, inspir&#233; un film, je me demande ce qu'il me reste du texte avant de le relire : la vision d'un atelier, le nom d'un peintre de fiction (Freinhofer) et, surtout, un pied nu d&#233;passant d'une for&#234;t de traits, de coups de pinceaux devenus fous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours sur l'art&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et encore : un discours sur l'art ; une attente d&#233;mesur&#233;e devant ce qu'il offre &#224; voir ; l'effroi devant la toile tant esp&#233;r&#233;e et qui se r&#233;v&#232;le impossible &#224; regarder, &#224; comprendre ; le portrait de Nicolas Poussin en jeune homme... Mais o&#249; est pass&#233;e la belle Gillette, la ma&#238;tresse de ce dernier, qui lui sert de mod&#232;le et qu'il va contraindre &#224; poser pour Freinhofer ? Disparue de ma m&#233;moire : voil&#224; ce que je r&#233;alisais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit rappel des faits : nous sommes &#224; Paris au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle. Nicolas Poussin, peintre d&#233;butant, se rend pour la premi&#232;re fois chez son ma&#238;tre, Porbus. Intimid&#233;, il h&#233;site &#224; franchir le seuil de son atelier, profite de l'arriv&#233;e d'un troisi&#232;me artiste, Frenhofer, dont l'allure indique la haute position sociale et l'&#226;ge avanc&#233;. Frenhofer, examinant la derni&#232;re toile de Porbus, se lance dans un plaidoyer sans appel pour l'art &#171; vivant &#187;, d&#233;gag&#233; de la vile copie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;La mission de l'art n'est pas de copier la nature, mais de l'exprimer ! Tu n'es pas un vil copiste, mais un po&#232;te ! [&#8230;] Autrement un sculpteur serait quitte de tous ses travaux en moulant une femme ! H&#233; ! bien, essaie de mouler la main de ta ma&#238;tresse et de la poser devant toi, tu trouveras un horrible cadavre sans aucune ressemblance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques coups de pinceau, il corrige la&lt;i&gt; Marie &#201;gyptienne&lt;/i&gt; de Porbus, lequel ne peut, tout comme Poussin, que constater la sup&#233;riorit&#233; du vieil homme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pacte diabolique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Frenhofer apprend ensuite &#224; ses conf&#232;res qu'il se consacre depuis dix ans &#224; l'ex&#233;cution d'une seule &#339;uvre, un portrait de Catherine Lescault intitul&#233;e&lt;i&gt; La Belle Noiseuse&lt;/i&gt;. Il ne lui manque, dit-il, que le mod&#232;le id&#233;al. Poussin propose alors une transaction &#224; Frenhofer : il lui &#171; pr&#234;tera &#187; sa ma&#238;tresse, &#224; la beaut&#233; sans pareille, et pourra en &#233;change contempler le tableau, droit que le vieux peintre refuse &#224; quiconque. Frenhofer finit par accepter.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/g5cNWVp1hrQ?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;On le voit, l'intrigue a tout du pacte diabolique, et il est vrai que Balzac a peint Frenhofer, &#171; &lt;i&gt;personnage auquel le jour faible de l'escalier pr&#234;tait encore une couleur fantastique &lt;/i&gt; &#187; sous des traits inqui&#233;tants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Somptueuse h&#233;ro&#239;ne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le r&#233;cit ne vire pas au fantastique, justement, pas plus qu'il ne devient une histoire d'amour. Si le fait de poser pour son amant, puis pour un autre peintre, para&#238;t r&#233;voltant &#224; Gillette qui a l'impression de se trahir, de prostituer ses sentiments, ce n'est pas ce qui int&#233;resse le plus Balzac, me semble-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa somptueuse h&#233;ro&#239;ne, au moment o&#249; les peintres d&#233;couvrent la toile &#171; achev&#233;e &#187; chez Frenhofer, et alors qu'elle a pos&#233; sans jamais rien voir, est abandonn&#233;e dans un coin. Personne ne la regarde plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien pourquoi je l'avais oubli&#233;e, moi aussi, durant toutes ces ann&#233;es : d&#233;crite d&#232;s les premi&#232;res pages comme une fille ob&#233;issante, destin&#233;e &#224; seconder, &#224; accompagner celui qu'elle aime, elle reste en p&#233;riph&#233;rie. Pourtant, comment ne pas se souvenir de la pr&#233;sence d'Emmanuelle B&#233;art dans &lt;i&gt;La Belle Noiseuse &lt;/i&gt; de Rivette ? Comment ne pas se rappeler que Frenhofer, tout puissant qu'il est, ne peut rien sans Gillette ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ode au vivant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'atelier, m&#234;me si la premi&#232;re partie de la nouvelle porte son pr&#233;nom et la seconde celui de Catherine Lescault, Gillette dispara&#238;t donc aux regards des trois peintres d&#232;s qu'ils se trouvent devant la toile de Frenhofer. Porbus et Poussin, h&#233;berlu&#233;s, ne r&#233;ussissent &#224; rien voir d'autre qu'un pied de femme perdu dans cette for&#234;t de signes que serait le &#171; chaos de couleurs, de tons, de nuances ind&#233;cises, esp&#232;ce de brouillard sans forme &#187; recouvrant l'ensemble de son corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme disparue de ma m&#233;moire comme du tableau, me disais-je, me rappelant uniquement le discours de Balzac sur la cr&#233;ation artistique : ode au vivant, &#224; une vision sup&#233;rieure qui permettrait de saisir l'essence des choses au-del&#224; de la forme que la nature leur a donn&#233;e et qu'il ne s'agit pas de copier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;chec, pourtant, puisque Frenhofer incompris br&#251;le ses toiles et en meurt. Et peut-&#234;tre, par extrapolation, pr&#233;monition de ce qui pourrait ressembler &#224; l'art abstrait, aux pr&#233;mices de la modernit&#233; : &#224; quoi ressemble, en r&#233;alit&#233;, cet amas de couleurs qu'est devenue la toile ? S'il y avait dans cette abstraction quelque chose &#224; regarder ? Que se passerait-il si l'on pouvait saisir ce qu'y voit Frenhofer ? Est-ce qu'on d&#233;couvrirait une femme nouvelle ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans ce m&#234;me atelier : Picasso&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au XXe si&#232;cle, dans ce m&#234;me atelier du 7 rue des Grands-Augustins, un autre g&#233;nie, bien r&#233;el celui-l&#224;, a peint une toile que nous avons tous en t&#234;te. Pablo Picasso, qui non seulement connaissait et admirait &lt;i&gt;Le Chef-d'&#339;uvre inconnu&lt;/i&gt; mais l'avait illustr&#233; en 1931, a en effet ex&#233;cut&#233; &lt;i&gt;Guernica &lt;/i&gt; au m&#234;me endroit six ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; nouveau, la litt&#233;rature nous permet d'entrer dans l'atelier : en 2007, Thierry Beinstingel fait de la cr&#233;ation du tableau le pivot de son roman, &lt;i&gt;1937 Paris-Guernica&lt;/i&gt;, cr&#233;ation mise en parall&#232;le avec la construction des pavillons de l'Exposition internationale qui a lieu cette ann&#233;e-l&#224; &#224; Paris, tandis que la guerre civile fait rage en Espagne, ce que nous ne pouvons ignorer : le livre commence par le bombardement du village de Guernica et par la vision de trois paysannes, Maria, Lucia, Clara, qui tentent d'y &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Picasso terminera-t-il &#224; temps son tableau, destin&#233; &#224; devenir la pi&#232;ce ma&#238;tresse du pavillon de son pays ? L'Exposition elle-m&#234;me pourra-t-elle se tenir dans les d&#233;lais ? Tandis que ces questions mat&#233;rielles agitent les organisateurs et les ouvriers, l'artiste se bat avec ce qu'il a &#224; repr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La femme cr&#233;e &#224; son tour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peindre la mort, l'effroi, la terreur plut&#244;t que la vie, cette fois : comment faire ? Pour tenter d'approcher le myst&#232;re, la femme n'est plus un simple mod&#232;le, une inspiratrice. Elle devient &#224; son tour une cr&#233;atrice. C'est gr&#226;ce &#224; elle que Thierry Beinstingel fait, dans ces chapitres-l&#224;, avancer le r&#233;cit. Sans jamais la nommer, pas plus qu'il ne nomme Picasso, il nous invite &#224; accompagner la photographe et peintre Dora Maar dans ses tentatives de montrer Guernica, de l'&#233;clairer, de le faire parvenir jusqu'&#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La modernit&#233; du tableau se double d'une vision nouvelle de ce qui lie l'homme et la femme dans l'atelier. Cette fois, la femme est active, elle bouge, elle se d&#233;place, elle agit : &#171; Elle voudrait saisir toutes ces impressions jusqu'&#224; l'odeur des produits qu'il utilise, mais la photographie ne permet qu'un aplat de formes et de nuances. Il faut mettre en sc&#232;ne, pr&#233;parer chaque d&#233;tail de la prise de vue pour donner une impression de relief. [&#8230;] Elle branche des lampes, de ces &#233;clairages puissants qu'elle a appris &#224; diriger. Un entrelacs de traits appara&#238;t. Il se retourne, applaudit. Oui, comme &#231;a ! On y voit bien mieux. Il remonte sur l'escabeau et accroche un d&#233;tail &#224; bout de bras. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#339;uvre se fait &#224; deux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dora Maar, &#171; femme qui pleure &#187;, mod&#232;le et muse de Picasso ? Oui, bien s&#251;r. Dora Maar, artiste &#233;clips&#233;e par le rayonnement de son amant ? Sans doute. Mais pas uniquement : ce que &lt;i&gt;1937 Paris-Guernica&lt;/i&gt; invite &#224; d&#233;couvrir, m&#234;me si ce n'est pas le propos principal du livre, c'est &#224; quel point l'&#339;uvre s'est faite &#224; deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ne les nommant pas, en les appelant simplement &#171; il &#187; et &#171; elle &#187;, le romancier nous permet, invisibles dans l'atelier, de nous glisser entre eux. D'assister &#224; ce qui, pas plus que dans &lt;i&gt;Le Chef-d'&#339;uvre inconnu&lt;/i&gt;, ne se r&#233;duit &#224; une histoire personnelle : la capacit&#233;, par la clairvoyance, de donner ensemble une forme &#224; la destruction. De nous emp&#234;cher de d&#233;tourner les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(voir aussi l'&lt;a href='https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/rimbaud-rimbaud-picasso-le-createur-est-il-un-travailleur-comme-un-autre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;interview&lt;/a&gt;de Thierry Beinstingel sur Picasso et Rimbaud)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi la vie vaut-elle d'&#234;tre v&#233;cue ? </title>
		<link>https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/pourquoi-la-vie-vaut-elle-d-etre-vecue</link>
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		<dc:date>2018-06-21T18:57:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;oise H&#233;ritier</dc:subject>
		<dc:subject>Woody Allen</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A partir du &#034;Sel de la vie&#034; de Fran&#231;oise H&#233;ritier.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/" rel="directory"&gt;Critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/woody-allen" rel="tag"&gt;Woody Allen&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/sel_de_la_vie_bookwitty.jpg?1532351097' width='500' height='328' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Groucho Marx, les films su&#233;dois, L'&#201;ducation sentimentale, Louis Amstrong, Brando, Sinatra, les pommes et les poires de C&#233;zanne... &#171; Pourquoi la vie vaut-elle d'&#234;tre v&#233;cue ? &#187; se demande Isaac Davis, le personnage incarn&#233; par Woody Allen dans &lt;i&gt;Manhattan&lt;/i&gt;, allong&#233;, micro enregistreur en main, tandis qu'il r&#233;fl&#233;chit &#224; la nouvelle qu'il voudrait &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne, situ&#233;e &#224; la fin, est une des plus c&#233;l&#232;bres du film. M&#233;lancolique, elle semble jouer sur deux registres contradictoires : l'intime, ce auquel nous sommes visc&#233;ralement attach&#233;s, sans lequel n'existerait pas d'identit&#233; propre, et le superflu, le d&#233;risoire - quoi ? Ce qui nous relie au monde, ce ne serait que &#231;a, cette liste de petites choses &#233;gren&#233;es au fond d'un canap&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/JKTQ4a3BR5c?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu &lt;i&gt;Manhattan &lt;/i&gt; pour la premi&#232;re fois tr&#232;s jeune, en salle. A l'&#233;poque, ce passage m'avait horriblement d&#233;&#231;ue. Je ne sais quelles phrases d&#233;finitives j'attendais d'Isaac, de Woody Allen. Suspendue &#224; ses l&#232;vres, j'esp&#233;rais une r&#233;v&#233;lation. J'aurais voulu entendre ce qui aurait pu bouleverser ma vie, lui imprimer une direction. Au lieu de quoi : quelques notes de musique, un roman, un tableau, un chant, un sketch comique, voil&#224; ce qui r&#233;sume nos existences, m'expliquait un romancier incapable d'&#233;crire. C'&#233;tait bien la peine...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avoir un parapluie quand il faut&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, alors qu'Isaac croit travailler, se stimuler intellectuellement - et ainsi, rester &#224; distance de ce qui l'occupe - il se livre, en r&#233;alit&#233;. &#192; la fin de l'&#233;num&#233;ration, il r&#233;alise qu'il est amoureux, ce qu'il refusait jusque l&#224; de s'avouer. Une petite suite de riens, son monologue ? Mais non : quelque chose bascule. Quelque chose d'essentiel arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous relie &#224; l'existence, au plus pr&#232;s, au plus juste, tandis que nous croyons nous rem&#233;morer des souvenirs, &#233;tablir simplement une liste de plaisirs quotidiens est &#233;galement le sujet du livre de l'anthropologue Fran&#231;oise H&#233;ritier, &lt;i&gt;Le Sel de la vie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine du texte, une col&#232;re : recevant une carte postale d'un professeur en m&#233;decine qui s'&#233;puise &#224; travailler sans rel&#226;che depuis trente ans et qui d&#233;finit les vacances qu'il finit par prendre par l'expression lapidaire une semaine &#171; vol&#233;e &#187;, elle r&#233;agit en &#233;tablissant une liste de ce qui fait pour elle le sel de la vie, auquel il n'est pas question de renoncer. Voil&#224; ma r&#233;ponse, dit-elle. Et elle se prend au jeu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;&#8230; j'ai oubli&#233; les fous rires, les coups de fil &#224; b&#226;tons rompus, les lettres manuscrites, les repas de famille (certains) ou entre amis &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; avoir un parapluie quand il faut et assez grand pour plusieurs, marcher d'un bon pas, tra&#238;ner des pieds dans les feuilles mortes &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; caresser, &#234;tre caress&#233;, embrasser, &#234;tre embrass&#233;, enlacer, &#234;tre enlac&#233; (avec amour, complicit&#233;, tendresse)&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;m&#234;lant comme on le voit ce qui peut para&#238;tre futile (sauf que, pourquoi juger, &#224; quel titre ?) &#224; ce sans quoi l'&#234;tre humain n'a plus de raisons de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un grand monologue murmur&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elle prend ce qui vient, ce qui surgit devant elle, le fait appara&#238;tre &#171; en une seule grande phrase (&#8230;) comme un grand monologue murmur&#233;. &#187; &#171; &lt;i&gt;Il s'agit de sensations, de perceptions, d'&#233;motions, de petits plaisirs, de grandes joies, de profondes d&#233;sillusions parfois et m&#234;me de peines &lt;/i&gt; &#187;, poursuit-elle, pr&#233;cisant : &#171; &lt;i&gt;bien que mon esprit se soit tourn&#233; plut&#244;t vers les moments lumineux de l'existence que vers les moments sombres, car il y en a eu. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y parvenir, elle fait suivre ce &#171; &#8230; j'ai oubli&#233; &#187; initial par une suite de courts chapitres qui commencent par des points de suspension puis des verbes &#224; l'infinitif, ce qui lui permet de ne pas clore le d&#233;bat, de continuer &#224; prendre du champ, au contraire.&lt;i&gt; Le Sel de la vie&lt;/i&gt;, qui fait 80 pages, devient alors un livre qui ne p&#232;se pas, qu'on aimerait glisser dans son sac, dans la poche arri&#232;re de son jean pour le ressortir de temps &#224; autres, comparer ses impressions &#224; celle de l'autrice, prolonger son texte : un compagnon de route, &#233;crit par une femme qui ne se r&#233;signe pas, creuse son sillon, semble moins m&#233;lancolique qu'Isaac Davis sur son canap&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Grand terreau d'affects&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce livre plaide pour que nous sachions reconna&#238;tre non pas simplement une petite part ing&#233;nue d'enfance, mais ce grand terreau d'affects qui nous forge et continue sans cesse de nous forger, &#234;tres sensibles que nous sommes. Pour que nous ne soyons pas simplement obnubil&#233;s par des buts &#224; atteindre &#8211; des carri&#232;res &#224; faire, des entreprises &#224; commencer, des rentabilit&#233;s &#224; assurer &#8211;, en perdant de vue le &#171; je &#187; qui est en lice.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, le programme est peut-&#234;tre plus politique que ce qu'il para&#238;t. Cependant, ce &#171; je &#187; dont il est question, qui est-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mot, seulement, sur cette question : si Fran&#231;oise H&#233;ritier plaide pour le d&#233;sir de parler pour tous, en qu&#234;te de ce qui relie l'humanit&#233; enti&#232;re, elle opte pour un choix grammatical qui, tout de m&#234;me, oriente imperceptiblement la lecture. Chercher ce qui vaut la peine d'&#234;tre v&#233;cu c'est bien s&#251;r, tr&#232;s vite, &#234;tre confront&#233;-e &#224; son &#226;ge, son milieu social, sa culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas occulter ce fait, le prendre en compte au contraire, et m&#234;me si par ailleurs elle n'&#233;voque pas plus sa vie priv&#233;e que professionnelle, elle d&#233;cide d'&#233;crire au masculin les chapitres qui selon elle participent plut&#244;t de l'universel, au f&#233;minin ceux dans lesquels elle fait r&#233;f&#233;rence &#224; sa propre histoire. Le masculin est &#233;videmment ici &#224; prendre au sens &#171; neutre &#187;, obligation n&#233;e de l'absence de neutre en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;S'&#233;tendre sur une chaise longue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vertige, alors, pour nous tous, de d&#233;terminer ce que chaque &#234;tre humain sur terre peut partager (&#171; &lt;i&gt;s'&#233;tendre sur une chaise longue, attendre le facteur, (&#8230;) se sentir prot&#233;g&#233; par une moustiquaire&lt;/i&gt; &#187;) et ce qui lui est particulier (&#171; &lt;i&gt;avoir &#233;t&#233; subjugu&#233;e par la beaut&#233; de son p&#232;re et de ses grandes mains d&#233;li&#233;es&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce toujours aussi d&#233;limit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vertige, &#233;galement, quand on est une lectrice, de devoir effacer, supprimer le masculin pour faire venir le neutre quand le masculin continue de s'imprimer devant les yeux et d'&#234;tre forc&#233;e, quand le participe pass&#233; se trouve au f&#233;minin, de r&#233;duire l'action &#224; une seule femme, celle qui &#233;crit. Il s'agit l&#224; d'op&#233;rations presque ind&#233;tectables mais complexes, &#224; l'&#339;uvre d&#232;s l'&#233;cole primaire et qui, pas si anodines, peuvent en dire long sur l'orientation de nos projections futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois je me demande s'il serait possible d'&#233;crire &lt;i&gt;Le Sel de la vie&lt;/i&gt; autrement, d'&#233;viter les participes pass&#233;s et les adjectifs, ou de tout passer au f&#233;minin, ou au masculin sans rien dire. Est-ce que quelque chose changerait ? Et quoi ? Il faudrait &#233;crire un nouveau livre pour le savoir. Relisant le texte, je m'aper&#231;ois cependant que certains adjectifs de chapitres &#171; f&#233;minins &#187; sont au masculin, que certaines port&#233;es &#171; universelles &#187; du neutre me paraissent bien particuli&#232;res : en r&#233;alit&#233;, tout dans le texte est plus m&#233;lang&#233; qu'on ne croit, transgresse l&#233;g&#232;rement sa propre r&#232;gle, ce qui permet de continuer &#224; s'y plonger alors que nous ne sommes ni &#171; neutres &#187;, ni universels, ni anthropologues, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Courir dans les rues de Manhattan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'int&#233;resser au particulier comme &#224; l'universel dans le plaisir du partage, c'est encore ce que Fran&#231;oise H&#233;ritier se propose de faire dans le livre suivant, &lt;i&gt;Le Go&#251;t des mots&lt;/i&gt;. Cette fois, ce ne sont plus des souvenirs, des sensations directes dont il est question mais de ce qui en est le vecteur : le langage. Elle se penche alors sur deux registres de vocabulaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; celui qui rel&#232;ve d'une relation intime &#224; la langue (&#171; mots ordinaires qui rev&#234;tent pour moi un autre sens, ont une autre d&#233;finition, que ceux qui leur sont commun&#233;ment accord&#233;s &#187;) &lt;br class='autobr' /&gt; et celui qui recense les tournures toutes faites, les lieux communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Criard, armoire, limpide... O&#249; nous m&#232;nent-ils, ces mots ? L'id&#233;e est &#224; nouveau de les faire appara&#238;tre comme ils viennent, en libert&#233;, en ne renon&#231;ant &#224; aucune association d'id&#233;es. Et c'est ainsi que, tout en nous transmettant ce qui lui est propre, elle nous invite &#224; prolonger le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai voulu traquer l'imperceptible force qui nous meut et qui nous d&#233;finit&lt;/i&gt; &#187; &#233;crit encore Fran&#231;oise H&#233;ritier &#224; la fin du &lt;i&gt;Sel de la vie&lt;/i&gt;. Ce qui vaut la peine d'&#234;tre v&#233;cu ? Ce qui ouvre, invente, se note, se pr&#233;cise, se ramifie (se trimbale, se balade, se transmet, se recueille, se malm&#232;ne, se m&#233;tamorphose...), s'approprie sans peur du surplomb, du jugement d'autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous jette hors du canap&#233;, nous pousse &#224; courir dans les rues de Manhattan, de mieux en mieux et de plus en plus vite, retrouver qui on aime.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que se passe-t-il quand on prend une photo ? </title>
		<link>https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/que-se-passe-t-il-quand-on-prend-une-photo</link>
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		<dc:date>2018-06-21T18:23:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>Roland Barthes</dc:subject>
		<dc:subject>Herv&#233; Guibert</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;10 livres pour penser la photographie.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_177 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/prendre_une_photo_bookwitty.jpg?1532351058' width='500' height='383' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Artistique ou documentaire, que lire quand on s'int&#233;resse &#224; la photo et qu'on cherche des pistes de r&#233;flexion ? Qu'est-ce qui se joue dans une photo de voyage, un Polaroid, un clich&#233; de presse, une photo d'art ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici des livres qui vous permettront de conna&#238;tre l'histoire de la photo, de r&#233;fl&#233;chir sur sa nature, ses usages et sur le r&#244;le du photographe. Des essais de r&#233;f&#233;rence, des ouvrages critiques et des textes litt&#233;raires &#224; garder dans sa biblioth&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Sur la photographie &lt;/i&gt; de Walter Benjamin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Philosophe, traducteur, critique d'art et critique litt&#233;raire, Benjamin a &#233;crit pendant quinze ans, jusqu'&#224; sa mort en 1940, diff&#233;rents textes sur la photographie r&#233;unis dans ce recueil. On y retrouve les deux plus c&#233;l&#232;bres, &#171; &lt;i&gt;Petite histoire de la photographie&lt;/i&gt; &#187;, o&#249; est d&#233;fini pour la premi&#232;re fois le concept d'aura de l'objet d'art et &#171; &lt;i&gt;L'Oeuvre d'art &#224; l'heure de sa reproductivit&#233; technique &lt;/i&gt; &#187;. Qu'a modifi&#233; l'apparition de la photo &#224; ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; de l'art ? demande Benjamin. Devenu accessible au plus grand nombre gr&#226;ce &#224; la reproduction et la miniaturisation, l'art a, selon lui, perdu cette aura si difficile &#224; d&#233;finir, n&#233;e de l'exp&#233;rience sensible de celui qui regarde et de l'unicit&#233; de l'&#339;uvre. Mais est-ce vraiment une perte ? L'art n'en acquiert-il pas une libert&#233; nouvelle, d&#233;barrass&#233;e du sacr&#233; ? &#192; moins qu'il ne se r&#233;duise &#224; une simple marchandise ? Des questions complexes qui infusent toujours aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;i&gt;Photographie et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; de Gis&#232;le Freund&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Paru en 1974, cet essai a pour source la th&#232;se sur la photographie en France au XIXe si&#232;cle que la c&#233;l&#232;bre photographe avait &#233;dit&#233;e en 1936 et qui a &#233;t&#233; republi&#233;e en 2011. L'histoire de la photo qu'elle retrace s'axe en premier lieu sur l'importance du portrait dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la bourgeoisie devient dominante. Gis&#232;le Freund, &#233;galement sociologue, s'int&#233;resse aux multiples &#233;volutions (techniques, artistiques, industrielles, culturelles, politiques...) qui accompagnent l'apparition de la photo. Elle s'interroge sur le statut du photographe (artiste ou commer&#231;ant ?) et la reproduction de l'&#339;uvre d'art, &#233;voque le photojournalisme et le d&#233;veloppement de la presse magazine am&#233;ricaine qu'elle a bien connue. Apr&#232;s s'&#234;tre r&#233;fugi&#233;e en France en 1933 pour &#233;chapper &#224; l'hitl&#233;risme (naturalis&#233;e fran&#231;aise, elle est juive allemande d'origine), elle a en effet travaill&#233; pour Life et fait partie de l'agence Magnum, avant d'en &#234;tre exclue dans les ann&#233;es 50 car soup&#231;onn&#233;e de communisme. Grande portraitiste, c'est aussi une conteuse de talent. Photographie et soci&#233;t&#233; est un livre sur lequel elle n'a cess&#233; de revenir toute sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Sur la photographie&lt;/i&gt; de Susan Sontag&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Autre livre &#224; avoir dans sa biblioth&#232;que, cet ouvrage paru &#224; l'origine en 1977, qui regroupe six essais &#233;crits pendant cinq ans durant la d&#233;cennie 1970. Romanci&#232;re et essayiste am&#233;ricaine tr&#232;s engag&#233;e, Susan Sontag pense la photographie dans sa modernit&#233;, dans sa relation &#224; un monde dont elle refl&#232;te l'in&#233;puisable, certes, mais dont elle pointe la beaut&#233; ou l'horreur en cherchant parfois &#224; le r&#233;duire &#224; une seule de ces dimensions. Ainsi Sontag critique-t-elle par exemple l'exposition am&#233;ricaine &#171; &lt;i&gt;The Human family&lt;/i&gt; &#187; qui, en 1955, regroupait plus de 500 clich&#233;s de 273 photographes issus de 78 pays pour unifier le peuple humain en montrant uniquement sa beaut&#233; et ses traits de convergence. L'essayiste interroge aussi la photo de tourisme, l'influence de la peinture, le r&#244;le du photographe, le sens de la photo en fonction de son contexte... L'ensemble est passionnant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;La Chambre claire&lt;/i&gt; de Roland Barthes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est presque impossible de lire un texte contemporain sur la photo sans trouver mention du livre de Barthes. La Chambre claire, paru en 1980, est devenu essai de r&#233;f&#233;rence, sans cesse comment&#233;, critiqu&#233;... De quoi s'agit-il ? Barthes cherche &#224; d&#233;finir l'essence de ce que, faute de mieux, on nomme &#171; La Photographie &#187;, alors que c'est un art sans unit&#233;, affirme-t-il. La photographie existe-t-elle ? Est-ce un art, au demeurant ? Cette derni&#232;re question l'int&#233;resse moins que celle du regard sensible pos&#233; sur l'image, qui permettrait de mieux cerner sa particularit&#233;. La photo d&#233;clenche un trouble chez celui qui regarde (spectator) comme chez celui qui pose (spectrum). Au centre de son texte, invisible, une photo de sa m&#232;re enfant, dont il porte alors le deuil et qu'il cherche sans y parvenir &#224; reconna&#238;tre dans des clich&#233;s r&#233;cents. La photographie peut-elle ressusciter un mort ? Est-ce sa v&#233;ritable fonction ? Un essai qui privil&#233;gie la place du spectator et ce qui le bouscule, le meurtrit, &#233;vacuant celle du photographe (l'operator), ce qui en fait une des limites, mais a permis d'ouvrir de nombreuses pistes de r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Myst&#232;re de la chambre claire ; Photographie et inconscient&lt;/i&gt; de Serge Tisseron&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron, &#233;galement photographe et dessinateur de BD, a &#233;crit de nombreux ouvrages sur la photo. Il s'int&#233;resse &#233;galement de pr&#232;s aux &#233;crans, aux jeux vid&#233;o et &#224; Internet. Dans ce livre, paru en 1996 &#8211; qui concerne donc seulement l'argentique &#8211;, il fait plus d'une fois r&#233;f&#233;rence &#224; l'essai de Barthes, auquel il se mesure pour chercher &#224; en d&#233;passer la m&#233;lancolie. Non, la photo n'est pas un f&#233;tiche, dit-il. Elle ne se r&#233;duit pas &#224; la fixation d'un point pass&#233;, n'est pas qu'un lien avec la mort. C'est un objet &#224; la fois r&#233;el et fictif. Il se penche ainsi sur ce que La Chambre claire avait &#233;vacu&#233; : le r&#244;le du photographe, sa pratique, d&#233;dramatisant en quelque sorte l'image qui en est issue. Pour lui, l'objet photographique, c'est moins le clich&#233; lui-m&#234;me que le geste du photographe, qui prolonge sa psych&#233;. Il est alors moins question de pose, d'immobilit&#233;, que de mouvement. Un essai stimulant, ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;La Photographie est interminable&lt;/i&gt; de Denis Roche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Po&#232;te, &#233;crivain, &#233;diteur et photographe, Denis Roche a disparu en 2015. En 1978, para&#238;t son premier livre sur la photo, Notre ant&#233;fixe, enrichi d'autoportraits de son couple pris au d&#233;clencheur &#224; retardement, fa&#231;on pour lui de jouer avec le temps et l'id&#233;e de mort au travail. Y appara&#238;t le d&#233;sir de rester mobile, de ne pas se laisser figer par un appareil qui permet cependant d'affirmer : j'ai &#233;t&#233; l&#224;, j'ai exist&#233;. Roche publie ensuite plusieurs livres sur le sujet, dont &lt;i&gt;La Disparition des lucioles&lt;/i&gt;, recueil de textes divers o&#249; les notions de mort et d'autobiographie r&#233;apparaissent, o&#249; le lien avec la litt&#233;rature est questionn&#233;. La Photographie est interminable, fruit d'un entretien avec l'historien et critique Gilles Mora, revient de fa&#231;on chronologique sur sa pratique artistique, permettant au lecteur qui ne le conna&#238;trait pas d'appr&#233;hender de fa&#231;on globale son approche ritualis&#233;e de la photo.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;M&#233;moires d'une galerie&lt;/i&gt; de Agathe Gaillard&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et si l'histoire de la photographie nous &#233;tait racont&#233;e par une galeriste parisienne, une pionni&#232;re ? Agathe Gaillard a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; avoir, en 1975, ouvert un espace uniquement d&#233;di&#233; &#224; la photographie. Elle a cru &#224; la port&#233;e artistique de la photo &#224; une &#233;poque o&#249; celle-ci &#233;tait encore consid&#233;r&#233;e comme un sous-genre, et s'est employ&#233;e &#224; la faire conna&#238;tre pendant presque quarante ans dans sa galerie du Marais, m&#234;lant artistes reconnus et d&#233;butants prometteurs. Andr&#233; Kertesz, Edouard Boubat, Herv&#233; Guibert... Son livre parle avec chaleur et vivacit&#233; de ceux qu'elle a c&#244;toy&#233;s durant ces ann&#233;es et fourmille de d&#233;tails sur la fa&#231;on dont s'organise une exposition, dont fonctionne le march&#233; de l'art. Un regard parfois moqueur, toujours pr&#233;cis sur un milieu qu'elle conna&#238;t comme sa poche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;L' Image fant&#244;me&lt;/i&gt; de Herv&#233; Guibert&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1981, Herv&#233; Guibert, &#233;crivain, photographe et critique, publie cet autoportrait o&#249; photo et litt&#233;rature se joignent, recueil de textes courts dont le th&#232;me pourrait &#234;tre celui de l'image et de l'absence. Il y &#233;voque ces photos non faites, rat&#233;es, censur&#233;es, oubli&#233;es, d&#233;chir&#233;es, perdues qui ponctuent nos vies, et autres clich&#233;s r&#233;v&#233;lateurs d'un temps et d'un r&#233;el qui nous &#233;chappent, nous fuient. Guibert d&#233;crit &#233;galement ce qui pourrait &#234;tre des &#171; fantasmes de photographies &#187;, s&#233;ances qui n'ont pas eu lieu. Photomatons, radiographies, planches-contact, diapositives, Polaroid, photos de voyages, de presse, d'art, travail sur la retouche, choix de l'appareil... Tout est mat&#233;riau. Tout sert en creux &#224; fixer les &#233;tapes d'une vie et &#224; dresser, au fond, un portrait de la photographie elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Exposition&lt;/i&gt; de Nathalie L&#233;ger&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Connaissez-vous la comtesse de Castiglione ? Entre 1856 et 1895, celle qui fut un temps consid&#233;r&#233;e comme &#171; la plus belle femme de son si&#232;cle &#187;, ma&#238;tresse de Napol&#233;on III, posa secr&#232;tement pour un m&#234;me photographe qui fit d'elle 450 portraits. La comtesse organisait tout, se d&#233;guisait, apportait tenues, accessoires, sc&#233;narios... M&#234;me d&#233;chue et devenue &#226;g&#233;e, elle continua &#224; se mettre en sc&#232;ne. Une cr&#233;ativit&#233;, un narcissisme exacerb&#233;s que Nathalie L&#233;ger, par ailleurs commissaire d'exposition, questionne dans ce qui para&#238;t &#224; la fois un essai et un roman, un texte autobiographique et po&#233;tique. &#201;voquer La Castiglione lui permet une r&#233;flexion fine sur ce que sont le d&#233;sir d'exposer, d'&#234;tre expos&#233;, la qu&#234;te de la beaut&#233; et la fascination qu'elle engendre. Le livre, qui convoque de nombreuses images issues de l'histoire de l'art, de la photo et du cin&#233;ma, proc&#232;de par circonvolutions pour approcher ce qu'il y a de plus intime &#8211; et d&#233;rangeant &#8211; dans ce d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Pourquoi la photographie nous importe&lt;/i&gt; de Jerry L. Thompson&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour finir avec un livre r&#233;cent, pourquoi ne pas citer ce petit essai du photographe am&#233;ricain Jerry L. Thompson, qui souhaite proposer des cl&#233;s de compr&#233;hension &#224; un public d'aujourd'hui parfois un peu d&#233;rout&#233;, croit-il. Pour Thompson, si la photographie est un art, elle est &#233;galement un outil toujours pertinent de connaissance du monde. Il cherche &#224; comprendre comment elle peut nous amener &#224; porter un regard critique sur la crise de nos &#233;conomies capitalistes et, par l&#224;-m&#234;me, conserver sa vitalit&#233;. Progr&#232;s techniques, r&#244;le de m&#233;diateur du photographe, r&#233;ception critique des images sont &#233;voqu&#233;s dans un texte qui se situe dans la lign&#233;e documentaire de Walker Evans, dont Thompson fut l'&#233;l&#232;ve. Pour lui, une photo dit toujours plus que ce que montre le photographe, f&#251;t-il g&#233;nial.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La mer, ce personnage de roman</title>
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		<dc:date>2018-06-21T17:11:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


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		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>roman</dc:subject>
		<dc:subject>Y&#244;ko Ogawa</dc:subject>
		<dc:subject>Japon</dc:subject>
		<dc:subject>mer</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La mer chez la romanci&#232;re japonaise Y&#244;ko Ogawa.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/" rel="directory"&gt;Critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/lecture-audio" rel="tag"&gt;lecture audio&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/yoko-ogawa" rel="tag"&gt;Y&#244;ko Ogawa&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/japon" rel="tag"&gt;Japon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/mer" rel="tag"&gt;mer&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_176 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/mer_ogawa_bookwitty.jpg?1532349005' width='500' height='340' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez la romanci&#232;re japonaise Y&#244;ko Ogawa, quelque chose de lisse, de fluide s'infiltre souvent &#224; travers les phrases pour mieux camper des situations dont l'ambigu&#239;t&#233; devrait nous faire reculer et qui pourtant r&#233;ussissent &#224; s'imposer, puisqu'il n'est pas question d'abandonner le r&#233;cit en route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1990 d&#233;j&#224;, dans la longue nouvelle intitul&#233;e&lt;i&gt; La Piscine&lt;/i&gt;, la texture de l'eau dont la surface &#233;tait d&#233;crite comme un voile protecteur, l'&#233;l&#233;gance d'un jeune nageur &#224; l'entra&#238;nement, plongeant sous les yeux d'une adolescente perturb&#233;e venue s'asseoir chaque jour sur les gradins pour l'admirer, r&#233;v&#233;laient par contraste la cruaut&#233; de la jeune fille. Tout en &#233;tant capable de percevoir avec une sensibilit&#233; exacerb&#233;e ce monde d'une puret&#233; parfaite, elle s'av&#233;rait d'un sadisme sans &#233;quivoque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un bel ado en maillot de bain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;cision des sensations permettait une sorte de glissement, de passage de fronti&#232;re entre l'univers ouat&#233; de la piscine et l'orphelinat o&#249; la narratrice s'amusait &#224; terroriser une toute petite fille : le &#171; corps sans d&#233;fense &#187;, c'&#233;tait &#224; la fois celui de Jun, le bel ado sportif dont Aya-chan est secr&#232;tement amoureuse et qui lui appara&#238;t en maillot de bain, et celui de l'enfant en bas &#226;ge qu'elle enfermait, puis empoisonnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sadisme, il est &#224; nouveau question dans &lt;i&gt;H&#244;tel Iris&lt;/i&gt;, d'une mani&#232;re &#224; la fois plus explicite et plus complexe. Tout commence dans l'h&#244;tel qui donne son titre au livre, un &#233;tablissement situ&#233; dans une station baln&#233;aire. Modeste, un peu recul&#233;, il n'a pas vue sur mer, ne peut s'en pr&#233;valoir. Bien tenu par la m&#232;re de la narratrice, une adolescente qui partage avec Aya-chan un certain mal &#234;tre (d&#251; &#224; leurs rapports avec leurs m&#232;res, justement), l'Iris semble, au d&#233;but, devoir &#234;tre le d&#233;cor principal de l'histoire. Un &#233;v&#233;nement s'y passe, tout de suite, brutal, qui va conditionner la suite du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'une rive &#224; l'autre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant, on quitte rapidement les lieux. La silhouette du client qui a caus&#233; le scandale et qui va fasciner Mari, la jeune r&#233;ceptionniste, se dessine d&#233;sormais pr&#232;s de l'eau. C'est en bord de mer en effet que le hasard les remet en pr&#233;sence. Rien d'&#233;tonnant : la mer, c'est l'&#233;l&#233;ment qui conditionne la vie de la ville, la r&#233;veille, la bouscule.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;100%&#034; height=&#034;300&#034; scrolling=&#034;no&#034; frameborder=&#034;no&#034; allow=&#034;autoplay&#034; src=&#034;https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/327256823&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Mari per&#231;oit &#224; la fois l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; de cet homme vieillissant, traducteur de son &#233;tat, certainement violent et dominateur, et sa solitude, sa fragilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le geste de la main, timide mais d&#233;j&#224; familier, qu'elle fait pour lui dire au revoir alors qu'il prend le bateau, s'appr&#234;te &#224; retourner sur l'&#238;le face &#224; la ville dont il est l'unique habitant, qui d&#233;clenche cette histoire d'amour qui oscille entre s&#233;ances sadomasochistes et d&#233;licates attentions tandis que les protagonistes passent d'une rive &#224; l'autre, des rues o&#249; ils d&#233;ambulent parmi les vacanciers &#224; la maison de l'&#238;le o&#249; personne ne sait ce qu'ils font.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un d&#233;cor pour touristes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'h&#244;tel, la m&#232;re de Mari la brime, l'exploite, la rabaisse. Pr&#232;s de la mer, la jeune fille s'octroie une libert&#233; nouvelle, que ce soit pour manger une glace avec le traducteur, aller nager ou s'isoler avec lui en laissant les flots les s&#233;parer du reste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, Y&#244;ko Ogawa r&#233;ussit &#224; conjuguer effroi (les sc&#232;nes de domination sont explicites, m&#234;me s'il ne s'agit pas, &#224; mes yeux du moins, d'un livre &#233;rotique), d&#233;licatesse et &#233;tonnement. Comme son h&#233;ro&#239;ne, nous naviguons d'un espace, d'une surface &#224; l'autre, jusqu'au d&#233;nouement que la mer, changeante, finit par pr&#233;cipiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mer, c'est d'abord ce qui rend la ville vivante, nous l'avons vu. Un d&#233;cor pour touristes, gai, lumineux et, paradoxalement, &#224; la limite de l'abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tangage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au Japon et pourtant, nous avons la sensation que cette station baln&#233;aire, avec ses boutiques de souvenirs, ses yachts, ses plages, pourrait se trouver n'importe o&#249; ailleurs. D&#233;limit&#233;e par des remparts, elle rappelle m&#234;me Saint-Malo, ville que la romanci&#232;re conna&#238;t, on le sait, puisqu'elle a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; invit&#233;e au festival &#201;tonnants voyageurs. La cit&#233; corsaire l'aurait-elle influenc&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, en tout cas, alors que Mari et le traducteur se prom&#232;nent ensemble pour la premi&#232;re fois, le lieu se fait un peu plus sauvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Peu de touristes venaient jusqu'au cap et tous les bancs &#233;taient vides sauf celui o&#249; nous &#233;tions assis. Les coteaux &#233;taient envahis de fleurs des champs dont les tiges ondulaient au moindre souffle de vent. Un chemin pour pi&#233;tons, bord&#233; d'un garde-fou, montait vers le sommet, et o&#249; que l'on s'y trouv&#226;t, on pouvait voir la mer.&lt;br class='autobr' /&gt; Le front de mer que nous suivions s'&#233;tendait sur notre gauche. Les remparts &#233;taient toujours immerg&#233;s. On distinguait l'&#238;le dans le lointain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le regard qu'ils portent sur l'horizon est le premier signe de leur union. Jusque l&#224;, ils ne savaient pas quoi se dire. Le vent, le bruit des vagues change la nature du silence qui se fait entre eux. Ils se comprennent, s'accordent. La mer devient ensuite la route qui les conduit l'un vers l'autre, le chemin trac&#233; entre leurs deux solitudes, par bateau, flots interpos&#233;s. Le tangage, ce l&#233;ger d&#233;s&#233;quilibre, fait partie int&#233;grante de la relation qui se noue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Corps fan&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un jour, le rituel se rompt parce que le traducteur a invit&#233; son jeune neveu muet &#224; d&#233;jeuner dans sa maison de l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, quelqu'un s'immisce entre eux et la mer &#224; nouveau change de visage. Nous voici &#224; la plage, au milieu des touristes. Mari voit, pour la premi&#232;re fois, le corps quasi nu du traducteur, tandis que lui conna&#238;t tout du sien. Elle observe &#233;galement celui du neveu, dont les belles proportions rappellent celles du nageur de &lt;i&gt;La Piscine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques instants, rest&#233;e seule sur le sable tandis qu'ils sont partis se baigner, elle &#233;prouve une suite d'&#233;motions contradictoires, entre d&#233;sir de rester seule avec le traducteur et d&#233;ception face &#224; son corps fan&#233;, un d&#233;go&#251;t physique qu'elle recherche pour mieux s'amoindrir elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, la mer vient en &#233;cho mettre &#224; jour ses sentiments. Encombr&#233;e, populeuse, la plage est un lieu d'entrave. &#192; la surface de l'eau, une bou&#233;e se d&#233;tache, premier signe de danger, tandis qu'un surveillant guette les accidents.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fantasmes de noyade&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Finalement, Mari se laisse submerger par ses fantasmes : s'identifiant &#224; l'h&#233;ro&#239;ne du roman russe qu'il traduit pour son plaisir, et qui se retrouve noy&#233;e dans un lac par son amant, elle voudrait &#234;tre entra&#238;n&#233;e de force, dans les profondeurs, par le traducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la mer &#171; parle &#187;, devient plus explicite. Elle avertit, pr&#233;vient. Le lendemain, des centaines de poissons morts sont jet&#233;s sur la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;J'y suis all&#233;e voir avec la femme de m&#233;nage. En arrivant sur le front de mer, on a tout de suite senti une odeur de poisson pourri. C'&#233;tait exactement comme l'avait dit le laitier. En une nuit, l'aspect de la mer avait compl&#232;tement chang&#233;. On aurait dit qu'une mer de nature diff&#233;rente de celle de la veille avait surgi de nulle part.&lt;br class='autobr' /&gt; Quoi qu'il en soit, il y avait d'innombrables cadavres de poissons. L&#224; o&#249; auraient d&#251; se trouver comme d'habitude les douches, le glacier, la tour de guet, on ne voyait rien d'autre que des poissons, &#224; perte de vue. Il n'y avait pas de vagues, la mer &#233;tait grise, et tous les parasols &#233;taient rest&#233;s pli&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#238;le, qui a la forme d'une oreille, entendra-t-elle cet avertissement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait multiplier les exemples, montrer comment Y&#244;ko Ogawa d&#233;place sans cesse les &#233;l&#233;ments dont elle dispose pour nous conduire o&#249; elle le souhaite tout en nous donnant l'impression d'un certain vagabondage. De fait, le liquide est pour elle un v&#233;ritable mat&#233;riau conducteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prison &#224; ciel ouvert&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre de ses romans, &lt;i&gt;Cristallisation secr&#232;te&lt;/i&gt;, l'&#238;le est au c&#339;ur du r&#233;cit, &#224; nouveau. Impossible d'y &#233;chapper, cependant : cette fois, c'est d'univers totalitaire qu'il s'agit. L'&#238;le est une prison qui ne dit pas son nom, &#224; ciel ouvert, o&#249; le gouvernement vole les souvenirs des habitants, fait dispara&#238;tre ce qui leur tient &#224; c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, dans ce roman-ci, la mer n'appara&#238;t que tr&#232;s lentement, partiellement, &#224; la vue du lecteur. Ce qu'on retient plut&#244;t, dans les premi&#232;res pages, c'est la rivi&#232;re qui borde la maison de la narratrice et permet d'y acc&#233;der par une seconde entr&#233;e en contrebas, reli&#233;e par un pont vermoulu. La rivi&#232;re, c'est alors peut-&#234;tre la source de tout vie intime, l'espoir d'un peu de libert&#233;, un passage secret... Espoir fragile, cependant, puisqu'elle entra&#238;ne parfois ce qui doit &#234;tre oubli&#233; vers la mer. Ainsi, les p&#233;tales de roses, fleurs brusquement interdites :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Je me suis pench&#233;e &#224; la fen&#234;tre et j'ai clign&#233; plusieurs fois des yeux. La surface de l'eau &#233;tait enti&#232;rement recouverte de fragments rouges, roses ou blancs, un assortiment de couleurs pour lequel il &#233;tait difficile de trouver un qualificatif. Il ne restait plus un seul espace libre. Ces fragments, ainsi vus d'en haut, avaient l'air doux, se chevauchaient et se d&#233;pla&#231;aient plus lentement que le cours habituel de l'eau. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mer, si elle est le seul point d'acc&#232;s au monde ext&#233;rieur, lieu d'une possible &#233;vasion, est aussi l'endroit o&#249; tout dispara&#238;t, se dissout, o&#249; la menace gronde. M&#234;me le ferry, seul bateau encore existant, finit par couler apr&#232;s le passage d'un tsunami.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le flottement demeure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le recueil de nouvelles de Yok&#244; Ogawa intitul&#233; &lt;i&gt;La Mer&lt;/i&gt; est, lui aussi, mati&#232;re &#224; transformation, &#224; d&#233;placement. Ainsi, le texte qui donne son titre au livre parle moins d'eau que de souffle. La mer, c'est ici ce qui donne naissance &#224; un instrument de musique, &#233;trange, intrigant.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;100%&#034; height=&#034;300&#034; scrolling=&#034;no&#034; frameborder=&#034;no&#034; allow=&#034;autoplay&#034; src=&#034;https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/327256712&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, la surprise n&#233;e du propos, coupl&#233;e &#224; la fluidit&#233; des &#233;l&#233;ments, entra&#238;ne le lecteur dans son sillage. Nous oscillons nous-m&#234;mes entre immersion et mise &#224; distance, vertige et ancrage au sol. Se plonger dans les romans de Y&#244;ko Ogawa, c'est effectuer une exp&#233;rience particuli&#232;re : celle d'une lecture effectu&#233;e d'une traite, ou presque, dont la moindre notation repose sur un composant tangible, concret, et o&#249; pourtant le flottement demeure, nous laisse libres, en apesanteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vies ouvri&#232;res, paysages du Nord</title>
		<link>https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/vies-ouvrieres-paysages-du-nord</link>
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		<dc:date>2018-06-21T16:36:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>lecture audio</dc:subject>
		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>livre</dc:subject>
		<dc:subject>voyage</dc:subject>
		<dc:subject>Lille</dc:subject>
		<dc:subject>Lucien Suel</dc:subject>
		<dc:subject>Sorj Chalandon</dc:subject>
		<dc:subject>Emile Zola</dc:subject>
		<dc:subject>Violette Leduc</dc:subject>
		<dc:subject>Nord</dc:subject>
		<dc:subject>roman</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le Nord en litt&#233;rature.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/" rel="directory"&gt;Critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_175 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/vies_ouvrieres_bookwitty.jpg?1532351183' width='500' height='350' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le roman&lt;i&gt; Le Jour d'avant&lt;/i&gt;, de Sorj Chalandon, a pour toile de fond la derni&#232;re grande catastrophe mini&#232;re en France, qui a fait 42 morts &#224; Li&#233;vin en 1974. &#171; Toile de fond &#187; n'est d'ailleurs par l'expression ad&#233;quate puisque l'accident est au c&#339;ur du livre et le quotidien des mineurs particuli&#232;rement d&#233;taill&#233;. C'est l'occasion de se demander comment la litt&#233;rature, depuis Germinal, parle de la vie ouvri&#232;re dans le Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Des centaines de v&#234;tements &#233;taient suspendus &#224; des crochets, tapissant la charpente sous le plafond immense. Au bout de leurs cha&#238;nes, les habits pendus. Des coutils ouvriers, des pantalons de ville, des enveloppes vides qui attendaient les hommes. Les bleus et les vestons c&#244;te &#224; c&#244;te, comme une arm&#233;e de spectres. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res pages du &lt;i&gt;Jour d'avant&lt;/i&gt; &#8211; assez proche, par ailleurs, de &lt;i&gt;Mon tra&#238;tre&lt;/i&gt;, l'un des pr&#233;c&#233;dents romans de Sorj Chalandon &#8211;, le d&#233;cor est pos&#233; : nous sommes &#224; la fois dans le Nord-Pas de Calais d'aujourd'hui et dans les mines de Li&#233;vin au milieu des ann&#233;es 70. Conditions de travail, outils, v&#234;tements, usages, rythme des jours, description des villes travers&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec une grande pr&#233;cision que l'auteur, &#233;galement journaliste, fait entrer ses lecteurs dans un univers qui oscille entre pass&#233; et pr&#233;sent, accident dramatique et fait divers, pr&#233;cision qu'on mesure mieux encore quand on a connu certains des lieux dont il est question, et qui n'ont rien de touristique. Anecdotique sans doute, mais j'avoue que c'est mon cas et que, d'une certaine fa&#231;on, je lui en sais gr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour &#224; la mine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De quoi parle&lt;i&gt; Le Jour d'avant&lt;/i&gt; ? D'une vengeance tardive, celle d'un adolescent, Michel, dont le fr&#232;re a&#238;n&#233; est mort &#224; la suite d'une catastrophe mini&#232;re et qui veut faire payer les responsables. Quarante ans apr&#232;s les faits, devenu veuf, Michel retourne au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile, bien s&#251;r, lorsqu'on ouvre un roman &#233;crit dans une veine r&#233;aliste de ne pas avoir en t&#234;te le &lt;i&gt;Germinal &lt;/i&gt; de Zola. Michel en parle d'ailleurs, puisqu'il d&#233;cide, &#224; un moment donn&#233;, de se mettre &#224; le lire. Cependant, c'est pour mieux l'&#233;vacuer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;J'avais mal. Chaque mot, chaque phrase me renvoyait au drame. Je pensais que Zola serait un secours, c'&#233;tait ma mauvaise conscience. Il ne m'apaisait pas. Il me replongeait avec violence sur le carreau, &#224; attendre que mon Jojo remonte. Il me tra&#238;nait par le col au milieu des veuves et des orphelins. Et quand je levais les yeux au milieu de ma lecture, je me heurtais aux murs de ma cellule. Je n'allais pas suivre &#201;tienne Lantier jusqu'au bout. J'allais quitter la famille Maheu, la jeune Catherine, la brutalit&#233; de la Compagnie des mines, la violence des soldats. De jour en jour et de page en page, ce livre &#233;tait devenu un barreau de plus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de fait, l'histoire du &lt;i&gt;Jour d'avant&lt;/i&gt; se r&#233;v&#232;le plus complexe qu'annonc&#233;e. Il n'est pas si simple de revendiquer son appartenance &#224; un groupe, &#224; un pass&#233; ouvrier commun. Sorj Chalandon l'a pr&#233;cis&#233; en interview : pour lui, Michel est &#171; &lt;i&gt;une &#226;me noire, pas une gueule noire&lt;/i&gt; &#187;. &#192; vouloir &#224; tout prix endosser un r&#244;le (dans &lt;i&gt;Mon tra&#238;tre&lt;/i&gt;, celui de h&#233;ros, ici, celui de victime), on risque la rupture. Si Michel lisait &lt;i&gt;Germinal &lt;/i&gt; jusqu'au bout, la droiture de Lantier risquerait de lui r&#233;v&#233;ler ses propres contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Usines sous la pluie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La vie ouvri&#232;re ne se r&#233;sume pas aux houill&#232;res, cependant. Les usines de la r&#233;gion sont &#233;galement au centre de romans contemporains qui utilisent certaines de ses caract&#233;ristiques pour camper une situation. Ainsi, l'industrie et le paysage se devinent parfois gr&#226;ce &#224; de simples notations m&#233;t&#233;orologiques : pluie, vent, orage, froid mordant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas du roman de G&#233;rard Mordillat paru en 2011, &lt;i&gt;Rouge dans la brume&lt;/i&gt;, qui se d&#233;roule dans le Nord tandis que &lt;i&gt;Les Vivants et les morts&lt;/i&gt; &#233;tait ancr&#233; &#224; l'Est. D&#232;s les premi&#232;res pages, une temp&#234;te plus forte encore que celle de 1999 fait pressentir les difficult&#233;s dans lesquelles le protagoniste, un ouvrier m&#233;canicien, va se d&#233;battre, et plante le d&#233;cor sans que l'auteur n'ait besoin de d&#233;crire les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement en se servant des conditions m&#233;t&#233;o qu'Antoine Choplin, dans son bref roman, &lt;i&gt;Cour Nord&lt;/i&gt;, installe un climat propice aux tensions et donne &#224; voir la ville imaginaire o&#249; il place ses h&#233;ros. On d&#233;couvre un p&#232;re et un fils, ouvriers dans la m&#234;me usine, au moment o&#249; une gr&#232;ve d&#233;marre. Le p&#232;re est un syndicaliste convaincu tandis que le fils r&#234;ve surtout de jazz : le soir, il joue de la trompette dans un groupe qui pr&#233;pare son premier concert important. Autour d'eux, une pluie incessante, les menaces d'une fermeture et cette cour Nord de l'usine o&#249; on s'abrite, chante et scande des slogans parce que l'acoustique y est bonne, se rassemble pour voter la poursuite du mouvement. Ce qu'on entrevoit du paysage ? L'a&#233;roport, situ&#233; pr&#232;s des b&#226;timents et qui attire L&#233;opold lorsqu'il a besoin d'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chapp&#233;e vers un nouveau monde, ce n'est pourtant pas l&#224; qu'elle aura lieu pour le fils mais, &#224; la fin du roman et alors que son p&#232;re s'acharne &#224; mener une gr&#232;ve de la faim sans espoir, devant la mer du Nord en compagnie de son coll&#232;gue Ahmed, qui lui en fait remarquer la &#171; &lt;i&gt;couleur de boue &lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt; T'as raison, Ahmed, c'est pas la m&#234;me mer que chez toi, au Sud. Mais quand m&#234;me, elles sont reli&#233;es l'une &#224; l'autre. Il y a forc&#233;ment un endroit o&#249; elles m&#233;langent leurs couleurs, et dans ta mer aussi on doit retrouver un peu de boue, &#224; des endroits &lt;/i&gt; &#187;, lui r&#233;pond-il. Le lien se fait alors du Nord au Sud mais &#233;galement de l'int&#233;rieur vers l'ext&#233;rieur, et vice-versa : c'est dans une petite salle de concert que le musicien prendra son envol. C'est en rentrant chez lui, en revenant &#224; son jardin secret, que son p&#232;re, lui, pourra tirer un trait sur sa vie en usine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des plages aux canaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De plage, il est &#233;galement question dans&lt;i&gt; Ni bruit ni fureur&lt;/i&gt; de Lucien Suel, second tome de l'anthologie po&#233;tique qui lui est consacr&#233;e. Le recueil, avant de traiter des jardins et de la figure des disparus, s'ouvre sur plusieurs &#233;vocations d'une enfance dans le Nord. Parmi elles, &#171; &lt;i&gt;Mer du Nord&lt;/i&gt; &#187;, texte &#233;crit &#224; partir de tweets en 140 caract&#232;res que j'aime particuli&#232;rement &#8211; m&#234;me si je les aime tous, en r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Sur la laisse de mer, chaque bout de bois, branchage ou planchette, chevron ou bastaing, palette ou cageot, raconte une histoire. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y croise des vaches, des retrait&#233;s, des marins-p&#234;cheurs, des paysans qui ramassent des patates ou des crevettes, une &#171; corpulente baigneuse aux airs de Cicciolina &#187;, un faux loup de mer, mannequin pour des photos publicitaires, une petite fille qui joue &#224; la marelle, mais aussi des naufrag&#233;s et les migrants de Calais. Grand souvenir, au passage : nous l'avions re&#231;u, lors d'une soir&#233;e de lectures, avec L'aiR Nu, et c'est ainsi qu'on peut entendre Lucien Suel lui-m&#234;me lire le texte :&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;100%&#034; height=&#034;300&#034; scrolling=&#034;no&#034; frameborder=&#034;no&#034; allow=&#034;autoplay&#034; src=&#034;https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/255914878&amp;color=%23ff5500&amp;auto_play=false&amp;hide_related=false&amp;show_comments=true&amp;show_user=true&amp;show_reposts=false&amp;show_teaser=true&amp;visual=true&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Le texte qui cl&#244;t cet ensemble sur l'enfance, &#171; &lt;i&gt;Un aller simple pour Roubaix&lt;/i&gt; &#187;, monologue &#233;pur&#233; et poignant, est celui d'un enfant issu d'une famille de paysans qui a quitt&#233; la ferme pour les filatures. Lui aussi travaille en usine, enfer dont il voudrait s'&#233;chapper. Ici, pas de plage, mais un canal o&#249; appara&#238;t un marinier avec lequel il sympathise. Cette rencontre suffira-t-elle &#224; modifier un destin tout trac&#233; ? C'est tr&#232;s loin d'&#234;tre s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lutte des classes et jardin public&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Moins dramatique mais difficile tout de m&#234;me, l'enfance de Violette Leduc, &#233;crivaine native d'Arras, telle qu'elle la raconte au d&#233;but de &lt;i&gt;La B&#226;tarde&lt;/i&gt;, le premier volet de son autobiographie. Nous sommes &#224; Valenciennes &#224; la fin des ann&#233;es 1910. La petite Violette est &#233;lev&#233;e par une m&#232;re d'une grande froideur et par une grand-m&#232;re, qui l'adore. Toutes deux ont &#233;t&#233; domestiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis la fille non reconnue d'un fils de famille, je dois rivaliser en soins, en m&#233;daille et cha&#238;nette d'or, en robes de broderie, en longues anglaises, en teint clair, en cheveux soyeux avec les enfants riches de la ville lorsque ma grand-m&#232;re me prom&#232;ne dans le Jardin public. L'ange se change en gouvernante. Dans la chambre, c'est presque la mis&#232;re &#8211; mon vase de nuit se transforme en saladier au d&#233;but des repas &#8211; dehors c'est la repr&#233;sentation. Vanit&#233; des vanit&#233;s ? Non. Ma m&#232;re et ma grand-m&#232;re sont intelligentes, elles ont de la personnalit&#233;, elles ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;es l'une et l'autre &#224; vingt ans, elles veulent combattre la malchance quand elles enrubannent une petite fille. Le Jardin public est l'ar&#232;ne, je suis leur petit torero, je dois vaincre les enfants cossus de la ville.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette enfance pauvre et honteuse, Violette Leduc en parlait d&#233;j&#224; dans son premier livre, &lt;i&gt;L'Asphyxie&lt;/i&gt;, remarqu&#233; &#224; sa sortie par Simone de Beauvoir et Jean Genet. Les quartiers bourgeois de Valenciennes y &#233;taient alors d&#233;crits comme des endroits ferm&#233;s et &#233;nigmatiques : &#171; &lt;i&gt;Les enfants &#233;taient invisibles. Les fen&#234;tres &#233;taient closes, la maille des rideaux serr&#233;e. La travers&#233;e de cette rue me donnait du malaise. &lt;/i&gt; &#187; On ne saurait mieux dire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Traverser la r&#233;gion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;nergique, vivifiant, &lt;i&gt;Travers&#233;e du Nord &lt;/i&gt; (h&#233;las &#233;puis&#233;), le petit livre de Marie Desplechin, autre native de la r&#233;gion, est encore d'une tonalit&#233; diff&#233;rente. Avec elle, on embrasse tout ce qui se nomme d&#233;sormais les Hauts de France. Lille, Amiens, Beauvais, B&#233;thune, les champs et les rivi&#232;res, la mer, les houill&#232;res, les habitudes et les paysages familiers sont pass&#233;s en revue, ou plut&#244;t &#171; travers&#233;s &#187;, donc. Ni fascination, ni apitoiement mais un r&#233;el attachement &#224; la r&#233;gion, que le livre incite &#224; explorer texte en poche &#8211; il date d&#233;j&#224; d'une quinzaine d'ann&#233;es et, au fil des pages, il donne vraiment envie d'aller voir sur place et de comparer. Alors, allons-y ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marilyn autrement</title>
		<link>https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/marilyn-autrement</link>
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		<dc:date>2018-06-20T16:23:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Marilyn Monroe</dc:subject>
		<dc:subject>Los Angeles</dc:subject>
		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>bibliographie</dc:subject>
		<dc:subject>cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>New York</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sept livres pour voir Marilyn Monroe d'un autre oeil.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/" rel="directory"&gt;Critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/los-angeles" rel="tag"&gt;Los Angeles&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/bibliographie" rel="tag"&gt;bibliographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/cinema" rel="tag"&gt;cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/critique" rel="tag"&gt;critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/new-york" rel="tag"&gt;New York&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_174 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/lire_a_new_york_de_pres.jpg?1532350829' width='500' height='575' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Disparue le 5 ao&#251;t 1962, Marilyn Monroe reste une des ic&#244;nes du cin&#233;ma du XXe si&#232;cle, personne n'ira dire le contraire. Cependant, au-del&#224; de la pure image, chevelure blonde et robe en corolle au-dessus d'une grille de m&#233;tro, une figure comme la sienne inspire-t-elle encore l'art et la litt&#233;rature ? Si on met de c&#244;t&#233; les biographies et les livres d'enqu&#234;tes qui cherchent encore et toujours le secret de sa mort, que lire sur Marilyn qui soit un peu diff&#233;rent ? Ces sept livres, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Confession inachev&#233;e&lt;/i&gt; de Marilyn Monroe et Ben Hecht&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout seigneur tout honneur : commen&#231;ons par Marilyn elle-m&#234;me, ce qu'elle a dit sur elle et qu'elle d&#233;sirait qui soit su, connu. En 1954, alors qu'elle est en train d'acc&#233;der au statut de star (le film &lt;i&gt;Sept ans de r&#233;flexion&lt;/i&gt;, avec la fameuse sc&#232;ne de la robe qui s'envole, est tourn&#233; cette ann&#233;e-l&#224;), elle cherche &#224; &#233;crire ses m&#233;moires. Elle a 28 ans et se fait aider par un &#233;crivain et sc&#233;nariste, Ben Hecht, &#224; qui elle dicte le texte. Il en r&#233;sulte des confessions sur son enfance d'orpheline que nous connaissons par c&#339;ur aujourd'hui et, plus inattendues, sur ses premiers pas &#224; Hollywood. On y d&#233;couvre une jeune femme perfectionniste, avide de connaissances et sans illusion sur le monde qui l'entoure. Des confidences dont on dit qu'elles ne recouvrent pas forc&#233;ment toujours la r&#233;alit&#233;, mais dont la force demeure : le livre a ainsi inspir&#233; il y a quelques ann&#233;es un projet transmedia fran&#231;ais intitul&#233; &lt;a href=&#034;http://www.updatemarilyn.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Update Marilyn&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Le texte original, lui, confi&#233; au photographe Milton Greene, n'est finalement paru qu'en 1974.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Fragments &lt;/i&gt; de Marilyn Monroe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2012, lorsque l'&#233;diteur Bernard Comment publia en France et en exclusivit&#233; mondiale ce texte &#233;crit par l'actrice, suite de lettres, po&#232;mes, notes personnelles tir&#233;es de ses carnets, le livre fit sensation. Brusquement, on pouvait s'identifier &#224; celle qu'on savait &#234;tre une femme fragile, hospitalis&#233;e par moments en clinique psychiatrique et qui en parle avec une intense acuit&#233;. Marilyn &#233;crit pour elle-m&#234;me ses peurs, ses doutes, son incapacit&#233; &#224; croire en elle, sa peur de d&#233;cevoir. Elle cherche &#224; se construire, vacille, se reprend, regarde le monde, voudrait ma&#238;triser ce qui la d&#233;passe sans y parvenir. &#171; &lt;i&gt;N'aie pas peur d'&#234;tre &#224; fleur de peau ni de t'en servir&lt;/i&gt; &#187;, s'exhorte-t-elle. Tout nous pousse alors &#224; l'accompagner, &#224; craindre sa chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui voudraient aller plus loin, sachez qu'il existe un second livre, &lt;i&gt;Girl waiting&lt;/i&gt;, regroupant les dessins et croquis que Marilyn faisait &#224; l'&#233;poque. Quant au texte, il a depuis &#233;t&#233; transpos&#233; au th&#233;&#226;tre, interpr&#233;t&#233; en solo par Caroline Ducey, une com&#233;dienne qui tr&#232;s habilement ne joue pas avec les codes &#171; marilynesques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Blonde &lt;/i&gt; de Joyce Carol Oates&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Soyons partiale, soyons injuste : le plus grand livre de tous les temps sur Marilyn Monroe, c'est celui-l&#224;. Mille pages d'un roman biographique en cinq actes pour dire, avec toute la libert&#233; possible, le destin d'une femme en prise avec ce que son environnement familial et social, l'industrie hollywoodienne, le monde entier projettent sur elle tandis qu'elle construit son personnage. Joyce Carol Oates recr&#233;e, r&#233;invente Marilyn, en distille l'essence, nous fait litt&#233;ralement entrer dans sa peau. Comme elle, nous b&#233;gayons, avons mal au ventre, sommes sans cesse en retard. La romanci&#232;re retrace l'histoire d'une gamine d&#233;sh&#233;rit&#233;e noy&#233;e dans la masse, d'une perfectionniste qui met tout en &#339;uvre pour s'en extirper, travaille avec acharnement. Le texte g&#233;n&#232;re jusqu'au bout une &#233;nergie et une inventivit&#233; intenses, parfois hallucin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cemment, Oates a repris le personnage de Marilyn dans la nouvelle-titre qui ouvre le recueil &lt;i&gt;Dahlia noir et rose blanche&lt;/i&gt;. Elle en a fait la colocataire d'Elizabeth Short, starlette impliqu&#233;e dans le plus c&#233;l&#232;bre fait divers des ann&#233;es 40, le &#171; dahlia noir &#187; auquel James Ellroy a consacr&#233; un livre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Marilyn Monroe&lt;/i&gt; de Eve Arnold&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a les livres de photographes sur Marilyn... et puis il y a celui-l&#224;, qui ne se contente pas d'&#234;tre un bel album agr&#233;ment&#233; de quelques souvenirs m&#234;me si, objectivement, c'est ce qu'il est. Grand nom de l'agence Magnum, Eve Arnold a &#233;t&#233; l'amie de Marilyn, dont elle a suivi le parcours du d&#233;but des ann&#233;es 50 &#224; la fin de sa vie, l'accompagnant dans ses d&#233;placements, la montrant en train de lire &lt;i&gt;Ulysse &lt;/i&gt; de Joyce ou de se refaire une beaut&#233; dans les toilettes d'un a&#233;roport. Sans &#234;tre dupe de son narcissisme, Arnold a une vraie tendresse pour son mod&#232;le et c'est un plaisir de lire des propos qui semblent si justes. Deux femmes travaillent ensemble, complices et respectueuses, tandis qu'autour l'hyst&#233;rie gronde. Entre elles, le contrat est net : on les sent &#224; &#233;galit&#233;, pr&#234;tes &#224; se servir du regard de l'une, du magn&#233;tisme de l'autre, sans g&#234;ne, sans probl&#232;me. On ferme l'album en ayant l'impression d'avoir voyag&#233; en leur compagnie, d'avoir respir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Une blonde &#224; Manhattan&lt;/i&gt; de Adrien Gombeaud&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Continuons avec la photo, mais d'une autre fa&#231;on. &lt;i&gt;Une blonde &#224; Manhattan&lt;/i&gt; est peut-&#234;tre un portrait de Marilyn &#224; New York en 1955, apr&#232;s le tournage de &lt;i&gt;Sept ans de r&#233;flexion&lt;/i&gt;, au moment o&#249; elle d&#233;cide de prendre son ind&#233;pendance, de devenir productrice et de suivre les cours de l'Actors Studio. Mais c'est aussi l'histoire d'un photographe, Ed Feingersh, une t&#234;te br&#251;l&#233;e, un reporter &#224; la conduite suicidaire qui ne vivra pas plus longtemps qu'elle. Ils se croisent le temps d'une semaine de reportage pour le magazine Redbook. Feingersh, apr&#232;s l'avoir convaincue, la fait poser dans le m&#233;tro ou dans l'arri&#232;re-salle d'un bar, parfois un peu floue, d&#233;cadr&#233;e. Redbook titrera : &#171; &lt;i&gt;Marilyn Monroe comme vous ne l'avez jamais vue ! &lt;/i&gt; &#187; et en effet, cette s&#233;rie efface d'un coup paillettes et boas de plumes, ce qui &#233;tait le souhait de Marilyn. Outre cette semaine new-yorkaise et l'histoire du reporter, Adrien Gombeaud raconte le destin &#233;tonnant de ces photos, qu'on aurait pu ne jamais retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Marylin, derni&#232;res s&#233;ances&lt;/i&gt; de Michel Schneider&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;crit sur Marilyn Monroe projette n&#233;cessairement quelque chose sur elle... Ne se comparait-elle pas &#224; une toile blanche sur laquelle les spectateurs voyaient ce qu'ils voulaient voir ? Ici, la projection prend un tour plus complexe puisque Michel Schneider fixe son attention sur le dernier psychanalyste de l'actrice, Ralph Greenson, qui n'a cess&#233; de se prendre pour autre chose que ce qu'il &#233;tait, traitant sa patiente de fa&#231;on tr&#232;s peu orthodoxe. Il l'invitait chez lui, se m&#234;lait de ses choix professionnels, ordonnan&#231;ait sa vie... &#192; partir de cette relation fusionnelle, Schneider invente &#224; son tour sa Marilyn, utilisant des enregistrements dans lesquels on l'entend se parler &#224; elle-m&#234;me entre deux s&#233;ances avant de donner les cassettes &#224; son th&#233;rapeute. Son livre, au-del&#224; de la description d'une relation en miroir, est celui d'une solitude absolue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Marilyn, naissance ann&#233;e z&#233;ro&lt;/i&gt; de V&#233;ronique Bergen&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ici aussi, l'histoire racont&#233;e de Marilyn explore les profondeurs, le d&#233;go&#251;t de soi, la folie, l'avanc&#233;e in&#233;luctable vers la mort. C&#233;r&#233;bral et trash &#224; la fois, &lt;i&gt;Marilyn, Naissance ann&#233;e z&#233;ro&lt;/i&gt; utilise une structure complexe, voix narratives qui changent &#224; chaque chapitre, allers et retours dans le temps, pour renouveler la figure de Norma Jeane devenue Marilyn Monroe : ainsi, deux femmes se parlent, se jugent. L'image, l'identit&#233; de Norma et de Marilyn sont diffract&#233;es, explos&#233;es. Des motifs r&#233;currents (la blancheur, la blondeur, le liquide...) apparaissent, viennent dire la place prise par un corps scrut&#233; &#224; la loupe, constamment sous contr&#244;le et qui chute autant qu'il s'&#233;l&#232;ve. Nous voil&#224; projet&#233;s dans l'inconscient de Marilyn comme &#224; la surface de sa peau. Autant dire qu'il s'agit d'explorer le vertige, ce que fait la langue m&#234;me de V&#233;ronique Bergen.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_173 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/1952_de_dienes_beverly_carlton_hotel.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/1952_de_dienes_beverly_carlton_hotel.jpg?1532349725' width='500' height='545' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Andr&#233; de Dienes, 1952&lt;/i&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;i&gt;voir &#233;galement ma rubrique Marilyn everywhere&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je me souviens de &#034;Je me souviens&#034;</title>
		<link>https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/article/je-me-souviens-de-je-me-souviens</link>
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		<dc:date>2018-06-20T08:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne Savelli</dc:creator>


		<dc:subject>biographie</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crire</dc:subject>
		<dc:subject>critique</dc:subject>
		<dc:subject>Pierre M&#233;nard</dc:subject>
		<dc:subject>Joachim S&#233;n&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>Georges Perec</dc:subject>
		<dc:subject>L'aiR Nu</dc:subject>
		<dc:subject>atelier</dc:subject>
		<dc:subject>Christophe Grossi</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Extensions du livre de Perec.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/ateliers-et-cie/critique-litteraire/" rel="directory"&gt;Critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/biographie" rel="tag"&gt;biographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/ecrire" rel="tag"&gt;&#233;crire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/critique" rel="tag"&gt;critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/pierre-menard" rel="tag"&gt;Pierre M&#233;nard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/joachim-sene" rel="tag"&gt;Joachim S&#233;n&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/francois-bon" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Bon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/georges-perec" rel="tag"&gt;Georges Perec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/l-air-nu" rel="tag"&gt;L'aiR Nu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/atelier" rel="tag"&gt;atelier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.annesavelli.fr/mot/christophe-grossi" rel="tag"&gt;Christophe Grossi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_92 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.annesavelli.fr/IMG/jpg/perec_bookwitty.jpg?1532361867' width='500' height='437' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;64. Je me souviens comme c'&#233;tait agr&#233;able, &#224; l'internat, d'&#234;tre malade et d'aller &#224; l'infirmerie.&lt;br class='autobr' /&gt;
232. Je me souviens du clown russe Popov et du clown suisse Grock.&lt;br class='autobr' /&gt;
234. Je me souviens que, vers le milieu des ann&#233;es cinquante, le chic consista, pendant quelque temps, &#224; porter en place de cravate des lacets d'une finesse parfois extr&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
283. Je me souviens des plasticages dont &#224; la fin de la guerre d'Alg&#233;rie fut plusieurs fois victime un tailleur du boulevard Saint-Germain, Jack Romoli.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru en 1978,&lt;i&gt; Je me souviens&lt;/i&gt; fait aujourd'hui figure de classique. R&#233;unissant 480 phrases con&#231;ues sur le m&#234;me mod&#232;le, fruit de cinq ann&#233;es de collecte plus ou moins intensive, il repr&#233;sente, selon l'auteur lui-m&#234;me, le second volet autobiographique d'un diptyque entam&#233; avec le livre qui le pr&#233;c&#232;de, &lt;i&gt;W ou le souvenir d'enfance&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Travailler sur le presque rien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; W travaillait sur l'absence, celle de ses parents, juifs, morts pendant la guerre, lui au combat, juste avant l'Armistice, elle d&#233;port&#233;e &#224; Auschwitz, trag&#233;die si difficile &#224; aborder de front et qui en passait en partie par la fiction,&lt;i&gt; Je me souviens&lt;/i&gt; fait place &#224; la m&#233;moire collective d'apr&#232;s-guerre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qui nous r&#233;unit ? semble demander Perec aux lecteurs de sa g&#233;n&#233;ration, tandis qu'il refuse de mentionner sa petite enfance, ne commence sa recension qu'en 1946 (il a alors dix ans), &#233;poque o&#249; il est d&#233;j&#224; orphelin. &#171; Lorsque j'&#233;voque des souvenirs d'avant-guerre, ils se r&#233;f&#232;rent pour moi &#224; une &#233;poque appartenant au domaine du mythe : ceci explique qu'un souvenir puisse &#234;tre &#8220;objectivement&#8221; faux &#187;, pr&#233;vient-il dans un post-scriptum &#224; son livre. Il s'agit alors de contourner ce trou, cette b&#233;ance du traumatisme. De travailler sur le presque rien, cet &#171; infra-ordinaire &#187; en apparence sans int&#233;r&#234;t mais qui nous soude, nous unit, fait mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Des petits morceaux de quotidien &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ces &#8220;je me souviens&#8221; ne sont pas exactement des souvenirs, et surtout pas des souvenirs personnels, mais des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle ann&#233;e, tous les gens d'un m&#234;me &#226;ge ont vues, ont v&#233;cues, ont partag&#233;es, et qui ensuite ont disparu, ont &#233;t&#233; oubli&#233;es ; elles ne valaient pas la peine d'&#234;tre m&#233;moris&#233;es, elles ne m&#233;ritaient pas de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les M&#233;moires des hommes d'&#201;tat, des alpinistes et des monstres sacr&#233;s. Il arrive pourtant qu'elles reviennent, quelques ann&#233;es plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherch&#233;es, un soir entre amis&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Perec lors de la parution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre tr&#232;s particulier, qui serait destin&#233; &#224; une g&#233;n&#233;ration, seule susceptible de comprendre ses r&#233;f&#233;rences ? Peut-&#234;tre. Son auteur n'en demeure pas moins toujours tr&#232;s pr&#233;sent. Son &#339;uvre est entr&#233;e dans la Pl&#233;iade en 2017 et les m&#233;dias ont largement f&#234;t&#233; son 80e anniversaire en 2016 (jusqu'&#224; Google qui a &lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/cinema/2016/03/07/03002-20160307ARTFIG00173-google-cherche-le-mode-d-emploi-de-georges-perec.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enlev&#233; le e&lt;/a&gt; de son nom durant une journ&#233;e). Il semble qu'il n'ait rien perdu de son influence avec les ann&#233;es et, de fait, ce ne sont pas les livres inspir&#233;s par son &lt;i&gt;Je me souviens&lt;/i&gt; qui diront le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I remember&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons au point de d&#233;part. D&#232;s le d&#233;but, Perec l'assume et le revendique, un autre livre que le sien existe, sur lequel il s'appuie : il s'agit de &lt;i&gt;I remember&lt;/i&gt; de l'artiste am&#233;ricain &lt;a href=&#034;http://next.liberation.fr/livres/1997/06/26/je-me-souviens-de-joe-brainard_208729&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Joe Brainard&lt;/a&gt;, publi&#233; en 1970, augment&#233; les ann&#233;es suivantes, traduit en fran&#231;ais en 1997 seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une tonalit&#233; diff&#233;rente, plus frontalement autobiographique, &lt;i&gt;I remember&lt;/i&gt; trace le portrait d'un gar&#231;on qui d&#233;couvre son homosexualit&#233;, s'interroge sur son identit&#233;. Ce qui les relie, c'est d'abord la forme anaphorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je me souviens d'un gar&#231;on rondouillard dont les parents &#233;taient sourds et muets. Il m'apprit comment dire &#8220;Joe&#8221; avec les mains.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Je me souviens de mon p&#232;re essayant de m'enlever des &#233;chardes du doigt avec une aiguille.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Je me souviens d'avoir eu peur que le coiffeur d&#233;rape et me coupe l'oreille. &lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Je me souviens d'une fois o&#249; cela arriva. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces centaines de phrases (non num&#233;rot&#233;es, contrairement &#224; celles de Perec), on en trouve une, au passage, qui aura au milieu des ann&#233;es 2000 une influence insoup&#231;onn&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je me souviens d'avoir projet&#233; de d&#233;chirer la page 48 de tous les livres que j'emprunterai &#224; la biblioth&#232;que publique de Boston mais de m'en &#234;tre vite lass&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crivain fran&#231;ais Pierre M&#233;nard, int&#233;ress&#233; par l'usage litt&#233;raire du num&#233;rique, partira en effet en 2005 de cette phrase de Brainard pour constituer une &lt;a href=&#034;http://page48.blogspot.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;biblioth&#232;que sonore&lt;/a&gt; de pages 48 lues par des dizaines d'&#233;crivains et de lecteurs. La page en question, photographi&#233;e, sera ensuite utilis&#233;e pour &#233;crire un po&#232;me gr&#226;ce au pr&#233;l&#232;vement de certains mots. En 2011, un &lt;a href=&#034;https://www.publie.net/livre/en-avant-marge-pierre-menard/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;livre num&#233;rique&lt;/a&gt; qui n'est plus en lien avec l'anaphore, intitul&#233; &lt;i&gt;En avant marge&lt;/i&gt;, na&#238;tra du recueil de ces po&#232;mes. Une boucle est boucl&#233;e ? Qui sait, puisque les e-books, selon la fa&#231;on dont on les ouvre, les lit, changent de pagination&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;criture blanche&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si on en revient maintenant au livre de Georges Perec paru en 1978, que dire de son influence ? Peut-&#234;tre, d&#233;j&#224;, qu'il connut un grand succ&#232;s d&#232;s sa sortie, d&#251; &#224; la &#171; simplicit&#233; &#187; d'une &#233;criture dite blanche, accessible, et &#224; l'identification qu'il a suscit&#233;e imm&#233;diatement chez ses lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/TNhN77tyep8?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Une accessibilit&#233; qui permit d'ailleurs, &#224; la fin des ann&#233;es 90, &#224; l'illustrateur Yvan Pommaux d'en r&#233;aliser une adaptation sous forme d'album en s&#233;lectionnant vingt &#171; Je me souviens &#187; destin&#233;s aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre &#171; extension &#187; du texte original, en 1989, puis en 2003 : sa transposition au th&#233;&#226;tre par le com&#233;dien Samy Frey, perch&#233; sur un v&#233;lo et qui, au fil d'une balade immobile, &#233;gr&#232;ne les souvenirs du personnage qu'il devient.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width='100%' height='100%' frameborder='0' marginheight ='0' marginwidth='0' scrolling ='no' src='https://player.ina.fr/player/embed/CAB89011816/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/wide/0'&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vive les notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si le contenu du livre &#171; circule &#187; de plusieurs mani&#232;res, reste la question de d&#233;part : peut-il continuer &#224; s'adresser &#224; tous, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration ? Vous savez, vous, qui est ce R&#233;da Caire qui ouvre le recueil sans regarder dans Wikip&#233;dia ? Heureusement, la publication dans la Pl&#233;iade propose presque une note par phrase. On peut &#233;galement se plonger dans les deux ouvrages de Roland Brasseur, &lt;i&gt;Je me souviens de Je me souviens, notes pour les g&#233;n&#233;rations oublieuses&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Je me souviens encore mieux de Je me souviens&lt;/i&gt; parus aux &#233;ditions du Castor Astral en 1998 et 2003. &lt;br class='autobr' /&gt;
Point par point, ils pr&#233;cisent le contexte de chaque souvenir : &#224; lire en regard de l'original, donc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un &#171; texte &#224; d&#233;marreur &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du&lt;i&gt; Je me souviens lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, il est &#233;galement possible de se pencher sur les textes qu'il a influenc&#233;s. En 1967, Perec adh&#232;re &#224; l'&lt;a href=&#034;http://oulipo.net/fr/historique-de-loulipo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Oulipo&lt;/a&gt; : qu'en est-il donc de ses membres ? La forme sp&#233;cifique du texte les a-t-elle inspir&#233;s ? On peut le supposer&#8230; &lt;i&gt;JMS&lt;/i&gt;, expliquent-ils, est ce qu'ils nomment un &lt;a href=&#034;http://oulipo.net/fr/contraintes/textes-a-demarreur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; texte &#224; d&#233;marreur &#187;&lt;/a&gt;, et peut-&#234;tre le premier d'entre eux. Sur le site du groupe, Marcel B&#233;nabou &#233;crit un texte intitul&#233; &lt;a href=&#034;http://oulipo.net/fr/dans-le-sillage-de-perec&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans le sillage de Perec &lt;/i&gt; &#187;&lt;/a&gt;, qui utilise certaines des plus c&#233;l&#232;bres citations de la litt&#233;rature fran&#231;aise pour tenter de &#171; dire quelque chose comme je me souviens de Perec &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 2. &lt;i&gt;Je fais souvent ce r&#234;ve &#233;trange et p&#233;n&#233;trant : je fabrique un matin une formule d'une efficacit&#233; &#233;gale &#224; celle du &#034;Je me souviens&#034; de Georges Perec&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui rendre hommage, les Oulipiens ont &#233;galement &#233;crit apr&#232;s sa mort un &#171; &lt;i&gt;Je me souviens de Georges Perec&lt;/i&gt; &#187; fait d'anecdotes personnelles, o&#249; on devine la grande amiti&#233; qui les liait. On peut toujours, &#224; la 9e minute de cette vid&#233;o, les entendre le lire en public durant quatre minutes, &#233;coute qui ne va pas sans une certaine &#233;motion :&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/Sx_dYB43hKE?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;crire son&lt;i&gt; Je me souviens &lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Est-il besoin d'&#234;tre oulipien pour &#233;crire son &lt;i&gt;Je me souviens&lt;/i&gt; ? Non, bien s&#251;r. On peut le faire pour soi, pour une personne pr&#233;cise, s'en inspirer pour d&#233;velopper un th&#232;me particulier&#8230; Le texte a servi d'appui, par exemple, &#224; un &lt;a href=&#034;https://www.dailymotion.com/video/x44nl4j&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;documentaire&lt;/a&gt;sur l'Op&#233;ra de Paris ou pour f&#234;ter le &lt;a href=&#034;https://www.lesinrocks.com/2015/01/27/actualite/n-1000-mode-demploi-11550828/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;num&#233;ro 1000&lt;/a&gt; des Inrocks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible sans trop se tromper d'affirmer que &lt;i&gt;JMS &lt;/i&gt; est m&#234;me aujourd'hui la star des ateliers d'&#233;criture, et cela ne va pas sans quelques questions : le texte ne risque-t-il pas d'&#234;tre r&#233;duit &#224; sa part d'anecdotes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;crivain Fran&#231;ois Bon explique &#224; ce propos sur son &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3664&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site&lt;/a&gt;qu'il a attendu vingt ans avant de s'en servir en atelier. &#171; &lt;i&gt;Construire ce p&#233;rim&#232;tre n'est pas un geste d'&#233;criture anodin, sous pr&#233;texte que sont anodins les &#233;l&#233;ments collect&#233;s &lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;vient-il, ajoutant : &#171; &lt;i&gt;bien insister qu'il s'agit d'un exercice pour se saisir de donn&#233;es sociales, et non pas retourn&#233;es sur soi, et que Brainard avait limit&#233; sa qu&#234;te &#224; une tranche d'&#226;ge (de ses 18 &#224; ses 25 ans) excluant l'enfance ; bien insister sur le d&#233;placement de la notion d'auteur, et que nous &#233;crivons alors un gigantesque texte collectif fait de tous les textes des premiers auteurs, Brainard et Perec&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marqueurs d'&#233;poque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension d'une culture collective, on la retrouve dans cette somme qu'est &lt;i&gt;Les Ann&#233;es&lt;/i&gt; d'Annie Ernaux, livre qui revendique la filiation en en faisant, &#224; un moment, son mat&#233;riau m&#234;me d'&#233;criture : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Et l'on avait en soi une grande m&#233;moire vague du monde. De presque tout on ne gardait que des paroles, des d&#233;tails, des noms, tout ce qui faisait dire &#224; la suite de Georges Perec &#8220;je me souviens&#8221; : du baron Empain, des Picorettes, des chaussettes de B&#233;r&#233;govoy, de Devaquet, de la guerre des Malouines, du petit-d&#233;jeuner Benco. Mais ce n'&#233;tait pas de vrais souvenirs, on continuait d'appeler ainsi quelque chose d'autre : des marqueurs d'&#233;poque &#187;. Cependant, Ernaux indique aussi la limite de cette influence : &#171; quand je lisais Perec, l'inventaire me laissait insatisfaite car il manquait le d&#233;roulement du temps, le passage des ann&#233;es, l'importance de l'histoire&lt;/i&gt; &#187;, explique-t-elle dans une interview au magazine Lire en 2008. Cette irruption de l'Histoire, cette mise en perspective, dans &lt;i&gt;Les Ann&#233;es&lt;/i&gt;, ont lieu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je se souvient &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une autre approche, originale, est celle de Christophe Grossi dans &lt;a href=&#034;http://editionslateliercontemporain.net/collections/litterature/article/ricordi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ricordi&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Il s'agit dans ce livre paru en 2014 de tenter de mettre au jour les souvenirs de quelqu'un d'autre, d'a&#239;eux immigr&#233;s italiens qui n'ont pas transmis leur culture d'origine &#224; celui qui &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire pour combler ce manque ? Distordre les phrases, qui commencent toutes par &#171; Mi ricordo &#187; (qui signifie non pas &#171; Je me souviens &#187; mais &#171; Je se souvient &#187;) pour se poursuivre en fran&#231;ais, convoquer une culture populaire qui n'est pas celle du narrateur, rattach&#233;e &#224; une autre terre, une autre g&#233;n&#233;ration. Les tresser avec des &#233;v&#233;nements historiques, des bribes de films et ses propres souvenirs, peut-&#234;tre, mais retravaill&#233;s, effac&#233;s, r&#233;invent&#233;s&#8230; De ce &#171; tricotage &#187;, &#224; L'aiR Nu, nous avons d'ailleurs eu envie de faire quelque chose, c'est pourquoi la &lt;a href=&#034;http://www.lairnu.net/ricordi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;version sonore et visuelle&lt;/a&gt; que nous proposons m&#234;le lectures en fran&#231;ais des &#171; Ricordi &#187; et bandes-son en langue originale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christophe Grossi, dont le site &lt;a href=&#034;http://deboitements.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;D&#233;bo&#238;tements &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; contient de nombreux autres textes, a, lui, entam&#233; ce travail de collecte, qui tient davantage du po&#232;me que de la prose, d'abord sur &lt;a href=&#034;https://twitter.com/_ricordi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Twitter&lt;/a&gt;, &#224; partir d'un compte fictif, forme qui s'est av&#233;r&#233;e tr&#232;s productive, lui a servi de support, de rampe de lancement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Extensions Web&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Internet, tiens, revenons-y, car le Web peut beaucoup pour Perec et ceux qu'il inspire. Connaissez-vous par exemple les jeux de &lt;a href=&#034;https://www.desordre.net/memory/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;memory&lt;/a&gt;de l'&#233;crivain et artiste num&#233;rique Philippe de Jonckheere, &#224; disposition sur son site &lt;i&gt;Le D&#233;sordre&lt;/i&gt; ? Parmi eux, &lt;a href=&#034;http://www.desordre.net/memory/perec/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui du &lt;i&gt;Je me souviens&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, bien s&#251;r. &lt;i&gt;Le D&#233;sordre&lt;/i&gt; est une &#339;uvre-site extraordinaire, dont les m&#233;andres emm&#232;nent syst&#233;matiquement ailleurs que pr&#233;vu, o&#249; l'on tombe sur du texte, des photos, de la vid&#233;o, une foule de chausse-trappes&#8230; O&#249; l'on peut retrouver, au hasard, &lt;a href=&#034;http://www.desordre.net/textes/bibliotheque/auteurs/perec/saint-sulpice.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la&lt;i&gt; Tentative d'&#233;puisement d'un lieu parisien&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Perec augment&#233;e de 800 liens hypertexte, ce qui change un peu la lecture&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, &#233;voquons encore un autre texte, un &lt;i&gt;Je ne me souviens pas&lt;/i&gt;, cette fois, celui de Joachim S&#233;n&#233;, &#233;crivain et informaticien pour qui la forme anaphorique est pr&#233;texte &#224; une &#233;vocation radicalement autre : celle d'un futur, et non plus d'un pass&#233;, d'ailleurs apocalyptique comme on peut le r&#233;aliser en lisant un fragment &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article6785&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;ou en &#233;coutant le texte dans cette vid&#233;o.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/sGeMkDlAFKc?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je ne me souviens pas &lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; &#224; l'automne 2017 en seconde partie de &lt;a href=&#034;https://www.publie.net/livre/la-crise-joachim-sene/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Crise&lt;/i&gt;,&lt;/a&gt; chez publie.net. Autant dire que l'histoire de &lt;i&gt;JMS&lt;/i&gt; continue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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