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Chemins nouveaux

dimanche 28 Décembre 2025, par Anne Savelli

(en marchant dans Paris)

Emprunter de nouveaux chemins, ou plutôt, traverser autrement des lieux qu’on a connus, voilà ce qui caractérise, je crois, pour moi, cette fin d’année.
Revu en deux temps, d’ailleurs, lundi et mardi, Muriel ou le temps d’un retour, d’Alain Resnais, film sur lequel Henri Langlois écrit :
« Je crois que Muriel a dix sujets, dix, vingt sujets. On y trouve même des sujets auxquels Resnais ni même Cayrol [1] n’ont pensé. C’est la force d’un grand film. Mais plus vous le voyez, plus ça se simplifie. J’ai vu deux fois Muriel. La première fois, j’ai eu l’impression d’une chose absolument neuve. Mais à la deuxième vision, ça devenait une œuvre classique, parfaite, claire, sans problème. Et c’est pourquoi j’ai l’impression que cela va être un grand succès auprès du vrai public. Le vrai public, pour moi, c’est évidemment celui des salles de quartiers. »

Je suis totalement d’accord avec la première partie de sa réflexion. La seconde, concernant les salles de quartiers, me semble loin dans le temps, hélas — mais je me trompe peut-être. Qui sait ce qu’on est à même de découvrir, de se ré-approprier à plusieurs décennies d’écart ? Quelque chose peut revenir, circuler loin du flux principal, être repris, creusé par de nouvelles générations, qui y trouveront de quoi résister au rouleau-compresseur de l’époque, qui sait ? Tout cela peut disparaître, bien sûr, mais également nous cueillir, nous donner l’impression soudaine d’une modernité.
(J’ai déjà dit ici que par moments, rien ne me paraît plus moderne qu’une toile des années 1930, un roman des années 1960. Il est possible qu’une certaine forme de modernité, contemporaine, m’échappe. Ce qui me guide, en tous les cas : les formes que prennent la liberté. Rien ne m’énerve plus que les discours assénant que les expérimentations des artistes, au début de leur carrière, ne sont que des passages obligés dans l’attente de la forme parfaite - comprendre, celle de la maturité. Il me semble, à moi, que c’est souvent le contraire.)

Bref, ces jours-ci, Muriel :

(La bande-annonce du film le "normalise" un peu, c’est amusant de la voir à sa suite.)

Muriel mais également, suivant une même alliance Resnais-Seyrig, la bande-annonce de L’Année dernière à Marienbad, que j’ai utilisée dans mon nouvel épisode de podcast, consacré à l’intelligence artificielle.
(Car il y a un rapport, oui.)

Mardi soir Au début, je ne suis pas sûre, j’hésite, me force un peu à sortir (le froid est arrivé). Mais bien m’en prend : Lauren, guide parisienne rencontrée lors de la déambulation de L’aiR Nu dans le quartier Danube (vous pouvez l’entendre, dans la carte Par-là Paris) m’invite à rejoindre son groupe lors de la balade gratuite de presque 5 km qu’elle propose ce soir-là à travers la ville. Le thème : les illuminations. Le point de départ : les grands magasins, autrement dit, a priori, la promesse de quelque chose de joyeux. Et en effet, ça l’est : nous sommes neuf, sept adultes, deux enfants, venus du 19e arrondissement, à arpenter de nuit les rues de plus en plus chic de la capitale en découvrant ce que nous n’allons jamais voir (la place Vendôme, la place de la Concorde, l’avenue Montaigne !), en nous perdant, nous retrouvant, nous émerveillant de façon extrêmement simple devant le bling-bling qui s’affiche. Je n’ai croisé qu’une fois deux des personnes présentes mais ça n’a aucune importance, je me sens à l’aise dans ce groupe chaleureux, curieux, rieur, attentif aux autres.

(Bling-bling style : Dior et Chanel en jettent autant l’un que l’autre.)

Par ailleurs, durant la balade, sous des arcades, je découvre une installation dont je n’ai pas entendu parler alors qu’elle correspond en tous points à l’un de mes projets d’écriture en cours — disons que j’en ai quatre et qu’il s’agit du troisième. La vitrine est dans l’ombre, la galerie fermée. Pourtant, je repère, détecte à l’instant ce qui se trouve là, à demi-caché, tandis que le reste de la rue nous éblouit. Je m’exclame, raconte l’importance de ce que nous venons d’apercevoir et chacun se réjouit pour moi. Joie, joie, joie, j’ai du grain à moudre pour tout le premier trimestre 2026 !
(J’en avais déjà, mais plus j’en ai, plus je suis contente.)
(Partager cette joie avec de quasi-inconnus, c’est encore mieux.)

(Les boni de Muriel ou le temps d’un retour regardés à la bibliothèque.)

Vendredi Noël est passé et j’ai reçu principalement des livres. Comme je suis également allée en emprunter dans les deux bibliothèques du nouveau quartier et que j’en ai commandé un, tout est en place pour ne pas me faire penser à la parution du mien dans une dizaine de jours : c’est parfait.
(De toute façon, le nouvel épisode gratuit de mon podcast est consacré à la relecture des épreuves de Bruits. C’est comme si cette parution, un peu plus redoutée qu’espérée, à vrai dire, pour le moment, reculait elle-même dans le temps...)

Galerie

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[1Jean Cayrol, scénariste du film, qui a également écrit Nuit et brouillard

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