Fenêtres Open Space

site d’Anne Savelli

La norme

dimanche 6 Septembre 2020, par Anne Savelli

Un journal assez court, cette semaine, pour la simple (et paradoxale ?) raison que je n’ai fait qu’écrire, en l’occurrence un texte pour le Livre de l’Académie de Créteil, projet destiné à dix classes de sixième dont je suis une des marraines, en partenariat avec la Maison de la poésie. Avant l’été, il m’a en effet été demandé de réfléchir à la question de la fraternité, notion à laquelle j’ai souhaité ajouter celle de sororité avant de me rendre compte que je n’aurais jamais la place de traiter des deux, difficulté que j’ai tenté d’inclure à mon propos. Le texte, intitulé Songe à la douceur, est inspiré, au niveau rythmique, par la ponctuation utilisée par Joachim Séné dans L’Homme heureux — autrement dit : le tiret cadratin dans tous ses états. Il s’adresse directement aux élèves et voilà encore une nouveauté, en ce qui me concerne. Je pense bientôt l’inclure dans une rubrique que j’ai ouverte subrepticement sur le site cette semaine, et qui regroupera à terme tous mes textes en libre accès.

Depuis une bonne dizaine d’années, en effet, un grand nombre de mes textes sont disséminés un peu partout (sur mon ancien site, dans des revues disparues, etc). Autant les rendre faciles à trouver à partir de la page d’accueil de ce site, me suis-je dit, surtout s’il passe des gens qui viennent sans connaître mon travail et qui, ces temps-ci, ne tombent que sur ce journal d’écriture ou la rubrique Culture en cours.

À chaque fois, je contextualiserai le texte ajouté. J’ai commencé par reprendre celui que j’avais écrit pour Le manque d’espace, projet d’exposition de Lya Garcia dont j’ai déjà parlé plus d’une fois, car je l’ai relu à sa demande (les choses sont en train d’avancer).

Autrement, suivant les préceptes de l’aventure moderne énoncés la semaine dernière, j’ai quasiment réussi à ne plus ouvrir mes messageries avant 14h. Très bêtement, au moment où j’avais enfin terminé Songe à la douceur et où je pouvais savourer l’effet produit par le fait de "ne faire qu’écrire" jusqu’au lendemain, mon doigt a cependant glissé sur l’icône de gmail. Il devait être 19h : voilà qui m’a servi de leçon.

Dimanche (attention, fatigue perceptible, soudain)

Continuer à mettre à distance sagement le courrier et ce qui file sur les réseaux ; dire que je ne peux plus travailler qu’à distance, que je ne peux plus me déplacer, surtout en transports en commun : oui, voilà ce qu’il faut. De toutes façons, mon corps n’en finit pas de renâcler, de me bousiller le sommeil, de refuser ce à quoi je tente d’accéder — bien dormir, justement, trouver le rythme qui me convient, me protéger, ne pas céder aux pressions, marcher longtemps pour faire ce que je sais faire : écrire. Sans doute ce corps aux cent mille ruses cherche-t-il à me faire comprendre que la vie d’avant, c’est terminé. Depuis le temps qu’il me le dit, je suis sourde, ou quoi ? Cette norme, il n’en veut plus.

(Dès que je supprime une béquille, il m’en faut une autre, semble-t-il : drôle de question, n’est-ce pas, que celle du déplacement)

Songe à la douceur de faire des nuits complètes et de laisser tes livres travailler pour toi, me chuchote-il le jour, me secoue-t-il la nuit. Même si c’est contre-intuitif (soi-disant). Même si l’industrie du livre crie le contraire.

Sur le chemin, la ville est ouverte mais la vie fermée, ou l’inverse : comment, en ces jours, ne pas osciller ?

Galerie

Cliquez sur une photo pour avoir le diaporama

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.