Parution le 7/01/2026
14.00 x 19.00 cm
384 pages
ISBN : 978-2-330-21548-4
Prix indicatif : 23.50€
La représentation de l’escalade
dimanche 25 Octobre 2026, par
Je ne regarde jamais les journaux télévisés, ni les chaînes d’info.
J’ai arrêté de me laisser envahir par ce type d’images en 2008, au moment de la libération hyper médiatisée d’Ingrid Betancourt, je m’en souviens très bien. J’avais pris ma décision quelques jours plus tôt et j’ai donc entendu à la radio des gens évoquer leur sentiment de saturation sans jamais voir moi-même aucune de ces images.
(On résiste comme on veut, après tout.)
Les photos de manif, je les regarde sur mes réseaux qui sont, comme on le sait, des bulles — mais les JT le sont aussi. C’est ainsi que j’ai admiré et relayé les pancartes créatives des lycéen•nes, le cheval de Troie de l’école Boulle, les vidéos de battles d’aura, les Batman et les Spiderman. De chez moi (je ne peux toujours pas sortir longtemps, autant dire que rejoindre un cortège serait tout à fait impossible), j’ai vu, dans le même fil, les nuages de gaz sur la place de la République et les CRS chargeant l’orchestre en répétition, la foule paisible et rieuse.
Dès lors, on ne pouvait que savoir d’avance comment la journée se terminerait (le film se fait tout seul, vraiment), c’est pourquoi le lendemain, j’ai décidé, après avoir vu passer une ou deux photos de bagnole cramée, de magasin saccagé, de couper le robinet. Me repaître du morbide ne m’intéresse pas. Je ne veux pas me laisser happer, fasciner par cette représentation de l’escalade. Je refuse d’en jouir.
Les réseaux étant ce qu’ils sont, structurés par des algorithmes, les images rieuses et vivantes, intelligentes et inventives, sont revenues d’elles-mêmes, datant d’un jour ou deux, bousculant la chronologie. Est-ce qu’elles avaient perdu de leur naïveté ? Peut-être. (Mais ce n’était pas de la naïveté.) De leur force ? Non.
Comme je sors peu, je suis à distance le festival Sois belle et tais-toi, dédié à Maria Schneider et Delphine Seyrig. Merci au Forum des images de diffuser les cours de cinéma : pour l’instant, je suis mieux dans mon lit, à effectuer des captures d’écran, que dans une salle. Les gens me manquent, pourtant. La ville et les rues me manquent. Marcher longtemps, je ne sais plus ce que c’est. C’est ainsi.
Les insoumuses furent, je crois, les premières à utiliser la vidéo pour interrompre la parole officielle, lui opposer d’autres discours, d’autres images. On trouve ici en intégralité le réjouissant Maso et Miso vont en bateau, qui se moque d’une émission de Bernard Pivot "fêtant" la fin de "l’année de la femme" 1975. Lui et son invitée, Françoise Giroud, alors ministre de la Condition féminine, en prennent pour leur grade.
Delphine Seyrig espérait qu’un jour, la technique permettrait à tout un chacun d’en faire autant. Les réseaux sociaux sont insupportables, je suis la première à le dire. Mais ces jours-ci, on dirait tout de même, du moins dans ma bulle, un contre-pouvoir.
Pour info : j’ai écrit tout cela lundi, sans attendre ce que la semaine nous réserverait.
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(Les captures d’écran sont tirées du cours de cinéma de Nicole Fernández Ferrer intitulé Delphine Seyrig, vidéaste féministe insoumuse, hors des sentiers battus, à suivre ici. Attention, ça secoue, par moments.)












