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La vie d’écrivain.e

dimanche 11 Février 2024, par Anne Savelli

Lundi. Voici la grande salle de la Maison de la poésie, dite Pierre Seghers, quelques instants avant que n’y pénètrent des enseignants venus participer à deux jours de formation - son titre : "Travailler avec un écrivain". Cela fait plusieurs années que Séverine Daucourt, Anne Mulpas et moi-même l’animons : Séverine et Anne pendant deux jours entiers, durant lesquels elles proposent ateliers d’écriture et restitutions ; moi, le lundi matin, où je suis chargée d’animer les débats après que chacune a présenté, en dix minutes, son propre travail.

Cette année, il nous a été demandé de centrer nos propositions sur le thème du corps, du mouvement, et j’en ai profité pour produire un épisode de mon podcast Faites entrer l’écriture (je tente de faire feu de tout bois, comme on le voit), épisode qui sortira le 25 mars pour les abonné.es Patreon. Ce matin, le voilà diffusé dans la grande salle, ce qui ne pardonne pas, côté son. J’ai peur de ne pas avoir réussi le mixage - pour le montage, j’ai tellement travaillé que ce n’est plus le moment d’y penser. Bref, je pense technique quand les autres écoutent les propos des autrices. Grand soulagement, vingt minutes plus tard : tout s’est bien passé. Je sens alors, en moi, une petite validation intérieure, une voix me disant : c’est bon, tu peux continuer.

Mardi Le lendemain, départ pour Clermont-Ferrand, accompagnée par l’un des premiers titres de la collection Perec 53 - celui de l’éditeur, Thierry Bodin-Hullin, dont tout le monde dit du projet qu’il est fou (il s’agit de publier 53 livres de 53 pages de 53 auteurs sur/autour de Georges Perec, à raison de six par an, trois à l’automne, trois au printemps). Dans le train, quand je ne lis pas Trajet, je retravaille une ènième fois ma partie de La Boucle impossible, le livre écrit avec Joachim Séné, à paraître en avril ; je réponds aux étudiants de la fac de Lettres ; je me rappelle le débat de la veille, les lectures, l’écoute attentive de la salle. Arrivée à l’hôtel, je me dis que ce mardi pourrait certainement être considéré comme une journée type de la "vie d’écrivain.e" - de l’extérieur, s’entend.

Elles ne sont pas fréquentes, en réalité, ces journées si pleines, si totalement faites d’écriture. Pour qu’elles arrivent, il faut que tout converge, un "tout" fait de dossiers préparés des mois en amont, de réponses à des appels datant de l’année précédente, de projets personnels à mener coûte que coûte. Un "tout" qu’on prend, presque toujours, entièrement en charge, s’inventant son métier. Il est rare que le temps ne soit dédié qu’à la réalisation de la tâche. Le plus souvent, le travail est fait de plans sur la comète, de questions, de réponses, d’attente, de constructions savantes dont on ne sait si elles aboutiront, au point qu’on n’arrive pas à se dire que c’est du boulot — alors que si, bien sûr.

Mercredi, jeudi Ah, justement, deux grosses journées de travail, ensuite, avec, à peine, le temps d’assister à une projection du festival du court-métrage, qui bat son plein. Coup de chance : l’une des salles du parcours est située dans l’université où j’interviens en atelier. Me voilà donc dans l’amphi Varda (eh oui) à regarder avec des centaines d’autres cinq "courts" en lice dans la catégorie internationale. Ayant pris la résolution, le 1er janvier, de regarder un film par jour (je n’ai pas tenu, bien sûr, mais je ne renonce pas), je réalise que J’en ai déjà vu un sur les six présentés. Voilà qui me donne, secrètement, l’impression de faire partie de l’équipe, du tout.

À la sortie, je trouve dommage de ne pas pouvoir échanger mes impressions, mais je suis seule et les épreuves de La Boucle impossible m’attendent. Pas moyen de traîner, donc, je resterai dans ma chambre d’hôtel jusqu’au jeudi soir à bosser. Pas mécontente, cependant, d’avoir redécouvert, même furtivement, la vie de festivalière à laquelle je n’avais pas goûté depuis des années.

(Merci à Myriam pour le billet d’entrée et la possibilité de partir de l’atelier en avance !)

(Maison de la poésie, Paris)

Vendredi Retour à Paris. Dans le train, j’écris ce semainier, je pense à ces derniers jours - le moment où je ne me suis pas aperçue qu’il y avait une panne d’électricité dans l’hôtel tellement j’étais concentrée sur mon texte (des heures, des heures, des heures de travail) ; le moment où, n’en pouvant plus de Dita Kepler transformée en Mylène Farmer dans La Boucle impossible, je n’ai rien trouvé d’autre à faire qu’écouter Mylène au casque en déambulant dans la pièce (À quoi je sers, N’aies pas de regrets...), comme si elle pouvait m’aider - elle l’a pu. Le moment, encore, où j’ai interrogé mon ami Christophe Basterra pour mon podcast, encore ("celui qui" m’a offert la cassette des Cowboys Junkies à partir de laquelle j’ai écrit mon deuxième livre paru, c’est lui). Le repas en sa compagnie aux Vinzelles. La réécoute de l’épisode avec Marc Dufaud. La peur, à nouveau, de ne pas avoir assez bien fait - côté montage, cette fois. La joie, malgré mille solitudes, mille colères aussi, dont j’épargne le semainier, lorsque je me sens soutenue.

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