Parution le 7/01/2026
14.00 x 19.00 cm
384 pages
ISBN : 978-2-330-21548-4
Prix indicatif : 23.50€
Le monde qui vient
dimanche 20 Septembre 2026, par
Durant cette semaine, j’ai toujours la même énergie que l’agent Cooper au début de la troisième saison de Twin Peaks, si vous voyez ce que je veux dire. (Si vous ne voyez pas, il est atteint de catatonie.) J’exagère à peine. J’essaye tout de même de travailler. C’est très lent. Je m’accroche.
Dans l’épisode de podcast qui sortira le 25, je dis à un moment (spoiler) que j’ai besoin de voir le monde venir à moi, et non l’inverse. Or, justement, ce lundi, c’est ce qui se produit. Adèle Haenel est invitée dans la librairie qui se trouve en face de chez moi et, faute de place pour faire entrer tout le monde, la rencontre est sonorisée. La rue entière peut suivre le dialogue.
J’avais envie de me rendre à la librairie. En temps normal, ça aurait été simplissime : descendre en avance, traverser, entrer, s’asseoir sur une chaise. Ces jours-ci, ça reste impossible. Mais voilà, une chance, que je peux écouter la lecture puis les explications d’Adèle Haenel de mon balcon. Je déplie mon fauteuil en toile — le tout premier objet entré dans l’appartement —, m’y enfonce et prends quelques notes, invisible, le nez dans les plantes. Je vois la nuit tomber, la tourterelle cachée dans le feuillage, les fenêtres qui s’allument.
Je sais que je vais "payer" cette attention le lendemain et en effet, ce sera le cas. Mais je suis heureuse d’avoir pu participer, même à distance, à un événement qui me tentait et cela sans l’avoir cherché, ce qui est essentiel au moment où tout, pour moi, est effort.
(À la fin, mon voisin d’en face, qui suit également la rencontre de sa fenêtre, et moi-même, nous joignons discrètement aux applaudissements.)
(Le fauteuil en question, offert par une amie.)
Que dire d’autre ? Cette semaine, plusieurs personnes, qui ne se connaissent pas, appartiennent à des générations différentes, m’ont parlé de Bruits. L’une d’entre elles en traduit en ce moment les premières pages en allemand pour candidater à une bourse et me pose quelques questions précises, ce qui me réjouit — oui, le monde vient à moi, décidément.
Réapparaît aussi La Boucle impossible. Dans le livre co-écrit avec Joachim Séné pour la collection L’Esprit du lieu, mon personnage, Dita Kepler, tentait de préserver de l’oubli les oeuvres créées autour du lac de Grand-lieu, près de Nantes, tandis que celui de Joachim, Destroy Keeper, essayait de tout détruire. Pour lutter contre le néant, Dita utilisait la barque de l’héroïne du clip A quoi je sers de Mylène Farmer, dont elle prenait les traits. Pourquoi ? Parce que deux jours de tournage en 1989 laissent en apparence plus de traces dans la mémoire collective. Parce que la célébrité constante, d’une décennie l’autre, qu’on apprécie ou non l’artiste en question, finit par créer une sorte d’accompagnement, de point de repère commun - sans parler du plaisir de raconter une anecdote aux gens de passage, liée au manque d’appétit de la chanteuse, noté par les pêcheurs du coin.
Constatant cela, pourquoi ne pas s’en servir ? Pourquoi ne pas dévier le faisceau de lumière vers ce qui, à notre sens, devrait être éclairé davantage ? C’est ce que nous avions tenté de faire.
Cette semaine, une chanson de Mylène Farmer est sortie, préfigurant un nouvel album. Jouant comme souvent sur l’ambiguïté mais pas suffisamment, pas assez habilement pour ne pas que transparaisse un côté réac fustigeant la pauvreté de la langue actuelle (autrement dit, celle de la jeunesse), elle a nécessité l’appui d’un clip dans lequel on voit la chanteuse lutter armes au point pour "sauver" la littérature, dont les mots choisis sont officiellement censurés. Autrement dit : l’image vient au secours des paroles de la chanson qui, à elles seules, n’ont pas assez de force. Voilà qui paraît un peu ironique, non ?
Bref, hasard du calendrier, il y a eu cela mais aussi, et surtout, dès le lendemain, le chapitre de Méline Zappa consacré à La Boucle impossible, "Penser l’eau comme matière poétique", dans un recueil tout juste paru aux éditions Classiques Garnier : une analyse brillante et fouillée de notre texte, qui donne du baume au coeur.
Enfin, la semaine a été traversée, bien sûr, par le chagrin que nous cause, à toutes et à tous, la disparition soudaine de Catherine Ringer. C’est précisément arrivée à ce stade que je ne peux en faire plus long.
Un message, un commentaire ?
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.













