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Le moyen ou non d’y couper

dimanche 15 Décembre 2024, par Anne Savelli

Comme la semaine dernière, je passe mes journées dans la relecture de Bruits, galérant extraordinairement, restant des heures et des heures sur le même paragraphe, revenant en arrière, etc. C’est désespérant. Pourtant, il n’y a rien d’autre à faire, c’est le job, je l’ai déjà dit mille fois.

Pendant ce temps, le globe-trotteur globe-trotte tant et plus, je tente de suivre en insufflant à un de mes personnages secondaires un désir de tour du monde. Ce n’était qu’une silhouette (des personnages dans Bruits, la dernière fois que j’ai compté, il y en avait 180). Le voilà qui grossit, s’épaissit, monologue depuis plusieurs jours sans que je comprenne pourquoi (ce qui me rappelle le Chiendent de Queneau, au passage.)

De fait, les "minutes" que je relis, je les augmente. Quand je compare mon écran avec la version imprimée du manuscrit que je possède (un vrai puzzle, ce truc-là, fait de trombones, de post-it, de phrases découpées et collées sur des pages, pages imprimées, pages blanches contenant des résumés de minutes à écrire notés à la va-vite, à la main), je réalise que d’un paragraphe, je fais facilement une page et demi. Entre le début de ma relecture, il n’y a pas si longtemps, et ce matin, le texte a pris 48.000 signes. Pas étonnant que ça n’avance pas !

C’est désespérant, mais logique. Certains passages me paraissent absurdes, incohérents, stupides parce qu’ils manquent de densité (et alors, j’ai raison, c’est vrai). Il faut le leur en donner, pas moyen d’y couper. Ou alors, si, il faudrait couper, au contraire. Ne pas s’en occuper, les jeter au panier, personne n’en saurait rien. Mais non, justement. Je ne sais pas pourquoi mais depuis le début, d’instinct j’ai compris que couper ne m’intéressait pas. Que si quelque chose était venu (une situation, un geste, une parole), aussi inconsistant soit-il, c’est qu’il y avait une raison. Le problème, c’est le temps que ça prend pour réussir à faire monter la pâte, et l’abattement qui va avec.

Cette année, un éditeur m’a conseillée de supprimer le développement d’un chapitre, m’expliquant que je n’arrivais pas à faire passer ce que je voulais exprimer. Je l’ai écouté. Il avait sans doute raison. Mais j’y suis revenue quand même, passant par la petite porte. J’ai réécrit, resserré. J’ai coupé, d’une certaine façon, mais en détournant cette coupe.

(Notant cela, je me souviens qu’en juin, j’ai calculé que si j’allais au bout de Bruits tel quel, il ferait 1200 pages. Je l’ai réduit à 600. Il remonte tranquillement...).

(Écrivant cela, je me sens dans l’imposture, car, de fait, c’est écrire à propos d’un texte qui tiendrait debout, ce qui n’est pas le cas, pour l’instant.)

*

Chiang Mai, Thaïlande. Un jour, dans l’enfance, j’ai décidé que l’éléphant serait mon animal totem.

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(Les deux premières photos, celle de L’Enfer et du photomontage Quien sera ? de Greta Stern ont été prises à l’exposition consacrée au Surréalisme du Centre Georges Pompidou)

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