Parution le 7/01/2026
14.00 x 19.00 cm
384 pages
ISBN : 978-2-330-21548-4
Prix indicatif : 23.50€
Promptement
dimanche 4 Octobre 2026, par
Partant du principe que vous suivez ce semainier, vous savez que dans ma vie, actuellement, tout n’est que lenteur et capacité très réduite d’énergie. Rien d’étonnant, donc, si je ne réagis pas, et surtout pas sur les réseaux sociaux, quand une polémique survient. Sur les réseaux, je ne le fais jamais, même quand je me trouve dans un état normal, précisément pour préserver ma réserve naturelle d’énergie, qui se situe apparement au-dessous de la moyenne.
Cela ne m’empêche pas de réfléchir à propos des sujets débattus eux-mêmes, mais également à cette tendance qu’ont beaucoup de gens à réagir à chaud [1], comme s’ils se sentaient obligés de le faire. Pourquoi, en réalité ? Il y a sans doute là quelque chose d’irrésistible. C’est toute l’ambiguïté de ces espaces de publication semi-publics : ils finissent par faire de nous (parce que nous le voulons bien) des "personnalités" ayant, peu ou prou, une visibilité à conserver, une place à défendre — comme si nous étions tenus d’avoir tout compris en 24 heures chrono.
Autant les raisonnements argumentés me nourrissent et me rafraîchissent, autant les gens qui réagissent au quart de tour sans maîtriser le sujet me fatiguent physiquement. (Inutile de dire que je ne regarde jamais les chaînes d’info.) Cette semaine, à un moment, j’ai eu envie de dire : oyez oyez, braves gens. Il y a quelques mois, j’ai réalisé un épisode de podcast sur l’intelligence artificielle en partant des bases ("Comment ça marche ?", d’abord, puis "Qu’est-ce qu’on peut faire avec ?"). J’ai endossé le rôle du Candide sans complexe pour écouter ce que Joachim Séné, ingénieur informaticien de formation, avait à m’apprendre de l’IA, des débuts à l’arrivée des grands modèles de langage (LLM) — on part du jeu du morpion, que tout le monde connaît, et du premier ordinateur en 1848, c’est dire — avant de demander au guitariste Jean-Marc Montera, né en 1955, comment il se sert de l’IA développée par l’IRCAM.
Où il est question de moyennes, de coordonnées, de probabilités, de reconnaître la forme d’un chien sans savoir ce que c’est qu’un chien ; de métiers qui disparaissent ; de valider humainement des choses laides ; de frites et de sushis ; de l’IA qui improvise ; de nourrir la machine, de l’outil devenu musicien ; d’un usage intime ; de peurs existentielles et de la nécessité de prendre du recul — tiens, oui, justement. [2]
À la fin de l’épisode (spoiler), je raconte que j’expérimenterai peut-être l’IA au cours d’un projet d’écriture, comme ça, pour essayer. À vrai dire (spoiler), depuis, je ne l’ai pas fait. Entre-temps, l’écriture et la canicule ont eu ma peau. Est-ce que ça me pousse aujourd’hui à me servir de l’IA pour continuer mon livre ? Pas du tout, je n’en ai pas la moindre envie (j’ai envie de guérir et d’écrire) et ce d’autant moins que je sais désormais une chose : prompter (ce que je ne fais pas pour créer, donc, mais dont j’ai, depuis, acquis une certaine expérience) est aussi une forme de travail. Prompter ne se résume pas à appuyer sur "entrée" après avoir tapé une demande et déplorer ensuite la nullité du résultat — ce qui, somme toute, est une façon de se rassurer.
À ce propos, avant d’en terminer, je voudrais dire ceci : la polémique sur le roman qui fut encensé par le milieu littéraire avant d’être repéré comme une suite de prompts (un travail, donc, je le disais, mais différent de l’écriture, même s’il y a hybridité, et moindre en plusieurs domaines, à commencer par le temps de vie qu’on y consacre, j’en sais quelque chose) a eu une conséquence que je n’attendais pas : celle d’entendre, brusquement, un peu partout, que oui, l’écriture, c’est très difficile ; que c’est énormément de boulot, des mois et des mois à s’épuiser, à s’esquinter, à recommencer, etc.
Sans blague ? Alors ça, j’avoue, ça me fait bien rigoler. Le reste du temps, on considère les auteurs, soit comme des amateurs (des feignants, inutiles, j’en passe) ; soit comme des gens qui n’ont ni corps, ni besoins matériels. Le temps qu’iels passent à écrire n’est jamais pris en compte par cette grande machinerie qu’est le marché du livre. Il faudrait, pour qu’iels puissent s’en sortir, dans leur immense majorité, que leurs livres s’écrivent pendant leur sommeil.
Eh bien, désormais on le sait : dans l’absolu, c’est devenu possible.
(Huhu, ça fait peur, non ?)
[1] J’ai écrit cet article avant les violences policières contre les lycéens, ce n’est pas de cela dont il est question.












