Parution le 7/01/2026
14.00 x 19.00 cm
384 pages
ISBN : 978-2-330-21548-4
Prix indicatif : 23.50€
Relire Des Oloés
lundi 17 Février 2020, par
Relire Des Oloés une dernière fois pour publie.net avant l’envoi du fichier par Guillaume Vissac et Roxane Lecomte chez l’imprimeur, est-ce écrire ? Certaines réflexions, émotions ne me viennent que là, au moment de la relecture. Leur rareté, leur fugacité me poussent à penser qu’elles sont du même ordre. Aujourd’hui, sachant qu’elles disparaissent, j’ai décidé de les noter, en tout cas, d’en faire la matière de ce journal.
Des oloés, espaces élastiques où lire où écrire sortira chez publie.net le 29 avril prochain (et, attention autopromotion, on peut le précommander, OMG).
Des oloé (sans s) est d’abord paru en 2011, dans une version numérique dont ne subsistent plus ni photos, ni liens, ni certains sauts de ligne. Le texte a vu le jour pour une raison très simple : j’habite à Paris. Il y a dix ans, ne pouvant plus écrire chez moi, je suis sortie chercher un endroit qui m’accueille et je n’ai pas trouvé. Cafés, bibliothèques, lieux de "résidence", parcs, salles d’attente : où que j’aille, la ville me semblait hostile, comme liguée pour m’empêcher de me concentrer. Cette impression n’avait rien d’une paranoïa. Il suffit d’observer comment fonctionnent les lieux pour comprendre à quoi ils sont destinés, en réalité : passage - séduction - assise - consommation. Pas plus. Dans les cafés, l’époque était alors à la musique jouée très fort, même en journée (bars branchés), aux tubes franchouillards et chaînes d’info continue (radios des PMU et des autres cafés, désormais remplacées par les écrans de BFM). Depuis trente ans, peut-être, plus jamais de silence - je pronostique sans cesse l’arrivée prochaine de nouveaux bars très chers où on paiera pour ne rien entendre, mais n’en ai encore jamais vu. À la bibliothèque municipale, pas de silence non plus "à cause" des loueurs de DVD, flux continu auxquels il avait fallu faire une place. Quant aux parcs, on le sait quand on est une femme, s’asseoir sur un banc, c’est se faire aborder. Bref, où lire, où écrire ? Nulle part. Et donc, deux solutions : abandonner ou créer l’oloé, lieu d’écriture à la fois interne et externe qui permet, c’est magique, de contrer cette impossibilité en en faisant le sujet d’un livre.
Dans Des oloés, on trouve treize lieux différents, faits ou non lire pour lire et écrire.
Je voulais, pour entamer cet article, parler d’autre chose, du rapport écriture / santé qui m’occupe l’esprit ces temps-ci. La superstition a pris le dessus : pour l’instant je ne dirai rien. Je peux, en revanche, noter ce qui m’est apparu durant cette journée de relecture, tandis que je reprenais le texte. Côté changements, annoncer que j’ai réécrit une introduction générale, contextualisé chaque oloé (dire où je l’ai écrit et dans quelles conditions), ajouté des notes et des propositions d’atelier d’écriture à la fin de chaque texte. Mon désir était d’aider le lecteur à entrer dans le livre, qui date de près d’une décennie, sans réduire mon propos. J’espère y être parvenue.
Je remarque au passage que, les années ayant passé, je désigne maintenant certains lieux : si le Cent Quatre était déjà nommé à l’époque, ce n’était pas le cas de la Bellevilloise, de la médiathèque Robert Desnos de Montreuil ni de la Maison Carré. Voilà qui est fait.
L’autre nouveauté, c’est l’apport de textes extérieurs : le "cahier des auteurs" qu’on trouve à la fin du livre.
Je suis extrêmement fière de pouvoir le dire : dans cette nouvelle version, on pourra lire non seulement "mes" oloés mais également ceux de Thierry Beinstingel, Pierre Cohen-Hadria, Virginie Gautier, Maryse Hache, Olivier Hodasava, Christine Jeanney, Pierre Ménard, Juliette Mézenc, Franck Queyraud, Joachim Séné et Lucien Suel qui, tous, à un moment ou à un autre, se sont appropriés le mot, la notion. Cette reparution, c’est l’occasion de passer de l’acronyme au nom commun et c’est à eux, ainsi qu’à quelques autres, que je le dois. En filigrane, si on est attentif, on y lira aussi l’histoire d’années 2010 où nous avons tous beaucoup échangé. J’ai hâte d’avoir leurs impressions et les vôtres, maintenant.
Que dire encore ? Des oloés, c’est également, en creux, le récit d’un livre paru à la même époque, Franck, et de l’importance qu’il a eu pour moi. Il m’a fallu contextualiser cette nouvelle version pour cette raison même : le livre, comme la personne qui l’a inspiré, sont loin désormais. Les nouveaux lecteurs ne l’auront pas en tête. Aucun des textes que j’ai écrits ne m’a jamais fait cet effet-là, mis dans cette intensité constante durant les trois ans d’écriture, les deux ans à attendre la publication, les mois qui ont suivi la sortie. Volte-face m’a également demandé beaucoup d’énergie, raison pour laquelle il faut que je retourne au charbon, lui trouve un éditeur : il y a une boucle à boucler. Mais j’ai pu, en attendant, écrire autre chose, qui n’a rien à voir (Saint-Germain-en-Laye et À travers champs, dont il faudra vraiment que je reparle). À l’époque des oloés, j’étais obnubilée par Franck. Je me demande ce qui se serait passé si Brigitte Giraud n’avait pas accepté le texte chez Stock. Voilà qui va paraître dramatique et stupide, mais tant pis : si je n’avais pas trouvé d’éditeur pour ce texte, je me demande si je ne serais pas déjà tombée malade. Je n’y avais jamais pensé, jusqu’ici, mais c’est possible.
Franck (l’homme) est loin maintenant, je le disais. L’écriture a permis au temps de m’en détacher, c’est ce que j’ai compris à la relecture de Des oloés. Par contre, et c’est ce que j’ai dit à Guillaume et Roxane, je n’ai aucun recul sur le texte initial parce que je le connais littéralement par cœur : impossible d’en changer une ligne. J’ai simplement modifié la fin, ce qui n’est pas sans provoquer une étrangeté nouvelle - mais j’en parlerai quand il sera sorti, pour l’instant ça n’aurait pas de sens.
Avant de conclure, je voudrais évoquer la très belle couverture de Roxane Lecomte. Comme Guillaume Vissac l’a dit dans un de ses carnets de bord, nous avons échangé à plusieurs reprises avant de nous décider. Je cite Guillaume : "Entre Anne Savelli, Roxane et moi il y a débat pour la couverture des Oloés. Il est question d’harmonie des couleurs et des motifs, d’équilibre, de versions peut-être trop brutales et tranchées, mais d’autres ne sont pas assez tranchées ou contrastées. Il y en a une qui est sanglante, et une autre qui est l’été incarné. On finit par trouver notre chemin. Il mène à notre couverture, pour l’instant provisoire en attendant de voir ce que donne le livre imprimé."
Il se trouve qu’en ce moment, je suis en train de me livrer à un petit défi personnel : regarder l’intégralité des épisodes de Palettes, la série d’Alain Jaubert (il y en a 50). J’en étais au premier, celui qui est consacré à la grotte de Lascaux, ce qui n’allait pas sans une certaine satisfaction, ou en tout cas sans un certain sentiment de soulagement : en revenir à la préhistoire, à la grotte, quand quelque chose m’angoisse, c’est une façon de chercher l’apaisement. Hasard ou non, je réalise que les couleurs choisies par Roxane et celles des pigments de Lascaux correspondent. L’oloé, c’est la grotte, le lieu où créer, se réchauffer, se réunir. C’est Roxane qui me le révèle et je l’en remercie.
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