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Trois pages tous les matins

dimanche 14 Novembre 2021, par Anne Savelli

(photo prise lors d’un atelier d’écriture de Pierre Ménard, Salle Rabelais du Centre d’Animation Château Landon, Paris Xe, en 2010)

Est-ce que ce carnet rouge, sur cette photo de 2010, est le mien ? Peut-être (pour la main, c’est sûr). Les notes du premier plan ne sont pas de moi, en tout cas. Cela fait environ trente ans que je tiens un journal dans un carnet rouge, d’abord de marque Clairefontaine (la bibliothèque de Montreuil en avait même exposé des exemplaires quand j’étais en résidence !), puis, plus classiquement, venus des boutiques Moleskine. Les carnets Moleskine ont eu beau disparaître à l’époque du premier confinement et, depuis, ne plus être commercialisés que dans les boutiques de la marque ; les libraires ont eu beau me dire tout le mal qu’ils en pensaient, je m’acharne, préférant plus que tout les carnets rouges avec soufflet et sans lignage, dans lesquels j’écris d’habitude ce qui me vient, et surtout pas un journal littéraire.

Je n’ai donc pas été déroutée en décidant de suivre la méthode proposée par Solange te parle, fondée sur un ouvrage de Julia Cameron, méthode, qui, pour commencer, invite à écrire trois pages au réveil de la façon exacte dont je le fais d’habitude, mais sans cette cadence. Trois pages pour y déverser tout ce qui pourrait entraver la créativité à venir, cauchemars, anxiétés, ennuis divers. Quand j’écris dans mon carnet rouge, je note en effet ce qui vient sans essayer de "faire des phrases", sans effort, sans aucune vigilance pour traquer les répétitions ni m’occuper de structure grammaticale, au point que cette écriture pourrie finit souvent par se retrouver au centre de ce que j’écris si jamais je me relis ("comment je peux écrire aussi mal", etc). Et cela ne me gêne pas : voilà un sujet comme un autre. Je n’ai aucun complexe vis-à-vis de cette forme d’écriture qui n’est pas destinée à être lue.

À vrai dire, je ne me sens pas toujours proche de ce dont Solange (je renonce à mettre des guillemets à ce prénom de personnage, c’est Solange, c’est tout) parle dans cette vidéo quand elle évoque la souffrance auto-engendrée par les comparaisons (implicitement : avec celles et ceux qui "réussissent" mieux qu’elle). J’avoue, je me fous un peu que d’autres écrivains aient plus de succès que moi. Certes, regarder passer les rentrées littéraires sans être invité.e nulle part n’est pas forcément agréable. Mais, de fait, rien que de très normal puisque mes derniers livres ne se trouvent pas en librairie. On verra ce que je ressentirai quand Musée Marilyn paraîtra, ce sera peut-être différent, plus mordant, plus à vif — ou non. Pour l’instant, je suis dans une bulle, à lire des choses parues il y a plusieurs années, que ce soit pour nourrir mes textes ou mes ateliers. Rien ne m’oblige à suivre l’actualité littéraire, et surtout pas à toute vitesse. Quand la bibliothèque de mon quartier rouvrira (suivez mon regard, un jour, peut-être), j’irai y piocher des œuvres récentes. Pour l’instant, je cours les arrondissements voisins pour retrouver, entre autres, les livres parus en français de Dulce Maria Cardoso, écrivaine portugaise dont j’ai adoré l’un des romans, Les Anges, Violeta, et dont personne ne parle.

Tout de même, ce n’est pas parce que ce que dit Solange ne me concerne pas toujours que je ne peux pas suivre ses conseils ou ceux de Cameron : j’ai besoin de structurer mes journées. Preuve en est : le réabonnement récent à la piscine ou à la BNF comme si rien du Covid ne s’était passé.

Et donc, trois pages de journal, disions-nous. Eh bien ce n’est pas si simple. Il y a un soulagement, chaque matin, à se dire : je sais quoi qu’il arrive comment va commencer ce jour. Facile, aussi, de rédiger une ou deux pages. Mais la troisième ? Généralement, c’est à ce moment que je cale. C’est cet effort, cette nécessité d’étirer, de trouver quelque chose de plus, qui me tient cependant, qui me motive à continuer.

(pour le reste, j’attends Solange pour continuer à lire l’ouvrage de Cameron, livre dont au passage la nouvelle couverture, quand j’ai vu après achat qu’elle était dessinée par Mylène Farmer, m’a fait sourire) (les vrais sauront)

(ajoutons que je ne termine jamais ce genre de livre, ou alors en me forçant) (on verra) (mais les trois pages, pour toute la vie, ce serait bien)

Et sinon ? Ah, la grande nouvelle, tant attendue : j’ai signé avec Inculte pour Musée Marilyn, c’est fait. Corrections à prévoir à partir de janvier, parution en août. Ce sera une joie, je l’espère, de plonger à nouveau dans le texte pendant la relecture en début d’année, de ne pas s’interdire de vérifier les sources, moins pour s’assurer qu’elles sont justes que pour le plaisir de retrouver cet univers qu’à force, je connais si bien. D’ailleurs, pour m’entraîner, je réécoute le feuilleton de France Culture, qui, hasard des programmations, rediffuse en ce moment l’adaptation du livre de Michel Schneider sur Marilyn et son psychanalyste, Ralph Greenson. Livre que j’ai lu bien sûr : je me sens comme à la maison. De cette série d’épisodes, je me rends compte pourtant que je me souvenais surtout du générique, ce bruit d’eau, de gouttelettes, qui évoque MM dans son bain.

Feuilleton, bruitage, son... Voilà qui fait une transition toute trouvée avec Bruits. Nous avons lancé avec la Marelle, dimanche dernier, le feuilleton Lire le bruit dont j’avais déjà posté ici le premier épisode et qui paraîtra le premier dimanche de chaque mois (facile à retenir : comme les visites gratuites au musée !). Un lancement discret, le soir venu, c’est pourquoi j’en parle à nouveau ce matin dans le semainier. Ma rubrique se trouve dans le carnet de résidence des auteurs, ici-même, en attendant le mini-site dédié à Bruits. Je vais clarifier tout ça dans un billet de blog de mon site (blog que j’utilise très peu, à cause du semainier, qui fait le plus souvent doublon), ce sera plus simple de s’y retrouver...

Dire encore, pour conclure, qu’un "pot commun" a été lancé pour permettre une exposition, le mois prochain, à Paris, du journal dessiné de Delphine Bretesché, catalogue à l’appui. Je crois que le montant a été atteint mais je vous invite à participer. Le journal dessiné de Delphine, on voudrait pouvoir se promener dedans, comme dans la pomme de Michaux. Le regarder puis l’avoir pour objet, l’ouvrir, y revenir me paraît précieux.

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